si

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si

1. si [ si ] conj. et n. m. inv.
‱ 842; lat. si REM. Si devient s' devant il, ils.
I ♩ SI, hypothĂ©tique. Introduit soit une condition (Ă  laquelle correspond une consĂ©quence dans la principale), soit une simple supposition ou Ă©ventualitĂ©. ⇒ 1. cas (au cas oĂč), supposĂ© (que). A ♩
1 ♩ (HypothĂšse pure et simple, avec l'indic.) « si je suis triste, je me trouve grotesque » (A. Gide). ⇒ quand. « Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-lĂ  » (Hugo). Si tu peux le faire, fais-le. — Math. Si et seulement si.
2 ♩ (Potentiel : imp. de l'indic. dans la subordonnĂ©e; condit. prĂ©s. dans la principale) « Si l'on y regardait bien, on verrait le lutin » (Beaumarchais). Si c'Ă©tait possible, ou ellipt si possible (⇒ sinon) .
3 ♩ (IrrĂ©el) « Si vous Ă©tiez vivants, vous prendriez Narbonne » (Hugo). Si j'avais su, je ne me serais pas dĂ©rangĂ©. Si ce n'Ă©tait que de moi... « Le nez de ClĂ©opĂątre : s'il eĂ»t Ă©tĂ© plus court, toute la face de la terre aurait changĂ© » (Pascal). Loc. Vulg. Si ma tante en avait (deux), on l'appellerait mon oncle.
4 ♩ MÊME SI... renforce l'expression de la consĂ©quence (dans la principale). MĂȘme s'il s'excusait, je ne lui pardonnerais pas. MĂȘme si vous ĂȘtes dĂ©butant, vous pouvez postuler. Ce dĂ©fi est motivant, mĂȘme si beaucoup abandonneront.
B ♩ (Dans une phrase dont la conclusion est sous-entendue, incomplùte)
1 ♩ (Dans une phrase de compar.) Il se conduit comme s'il Ă©tait mon pĂšre, comme il se conduirait s'il Ă©tait mon pĂšre. « J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans » (Baudelaire). « Je me contemplai comme si j'eusse Ă©tĂ© un autre, ou plutĂŽt comme si j'Ă©tais redevenu moi-mĂȘme » (F. Mauriac). — (Exclam., pour rejeter une idĂ©e) « Comme si la raison pouvait mĂ©priser aucun fait d'expĂ©rience ! » (BarrĂšs). Comme si tu ne le savais pas !
2 ♩ (En phrase interrog., pour prĂ©senter une Ă©ventualitĂ©, une suggestion) « Et si elle se fĂąche ? si elle rompt ? Tant pis » (Romains). « si c'Ă©tait moi qui te la donnais, la couronne » (A. Gide). — LittĂ©r. Ou si... « Êtes-vous souffrant, ou si c'est un mĂ©chant caprice ? » (Musset).
3 ♩ (En phrase exclam., la conclusion, aisĂ©ment imaginable, restant implicite) « Dieu ! s'il allait me parler Ă  l'oreille ! S'il Ă©tait lĂ , debout et marchant Ă  pas lents ! » (Hugo). Si j'avais su ! Si vous m'en aviez parlĂ© plus tĂŽt !
4 ♩ (Optatif, exprimant un vƓu) « Si je pouvais ĂȘtre ce monsieur qui passe ! » (Musset), que ne suis-je. ⇒ 1. ĂȘtre. « Si seulement je pouvais dormir ! » (A. Gide).
♱ (Souhait appliquĂ© au passĂ©) « Ah ! s'il avait pu l'empĂȘcher ! si elle avait pu se fouler le pied avant de partir » (Proust).
C ♩ (Dans les expr.) S'il vous plaüt. Si on veut. Si je ne me trompe, si je ne m'abuse. Si j'ose dire. Si je puis dire. Si je peux me permettre. Si on peut dire. Si tant est que...
♱ SI CE N'EST... : mĂȘme si ce n'est pas..., en admettant que ce ne soit pas. ⇒ sinon. Un des meilleurs, si ce n'est le meilleur. — Sauf. « JĂ©sus leur dĂ©fend de rien emporter si ce n'est des sandales et un bĂąton » (Flaubert). Rien de neuf, si ce n'est que mon dĂ©part est avancĂ©.
D ♩ N. m. inv. HypothĂšse, supposition. Trop de si et de mais. Loc. Avec des si, on mettrait Paris dans une bouteille, en bouteille : tout est possible avec des suppositions ne tenant pas compte des rĂ©alitĂ©s. II ♩ SI, non hypothĂ©tique,sert Ă  marquer la validitĂ© simultanĂ©e de deux faits.
1 ♩ (Introd. une comparaison-opposition) Une fois admis pour vrai que... Log. math. Si a < b alors b > a. — Cour. (valeur concessive) « Si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de JĂ©sus sont d'un Dieu » (Rousseau).
2 ♩ (En corrĂ©lation avec une explication, une prĂ©cision) « S'il s'acharne Ă  rabaisser le gĂ©nie, c'est par dĂ©pit » (Romains). S'il revient, c'est qu'il n'a pas d'amour-propre. S'il pleuvait, nous ne sortions pas, chaque fois que. ⇒ lorsque.
♱ Loc. C'est bien le diable si... C'est tant mieux, tant pis si... C'est ma faute si... C'est à peine si...
3 ♩ (Introd. une propos. Ă  valeur de complĂ©tive) Douter, s'assurer, s'inquiĂ©ter si... Ne va pas t'Ă©tonner si...
4 ♩ (Introd. une interrog. ind.) Demander, savoir si... « Vous verrez bien si je fais mal » (Laclos). Dites-moi si cela vous convient; si c'est oui ou si c'est non. Ellipt Si oui... et si non...
♱ (Emploi exclam.) Combien, comme. « Vous pensez s'ils Ă©taient fiers ! » (Romains).
⊗ HOM. Ci, scie, sis, six. si 2. si [ si ] adv.
‱ 842; lat. sic
I ♩ (Affirmation ou opposition)
1 ♩ Vx Ainsi. « Et vraiment si ferai » ( La Fontaine). — Vieilli SI FAIT : mais oui (pour confirmer une affirmation). « Si fait, mon cher hĂŽte, si fait » (Proust).
2 ♩ S'emploie obligatoirement pour OUI en rĂ©ponse Ă  une phrase nĂ©gative. On ne vous a pas prĂ©venu ? — Si. « Ce n'est pas du poison ? [...] — Si ! c'est du poison » (Hugo). « Il ne veut jamais. — Mais si, protesta Swann » (Proust). — En subordonnĂ©e complĂ©tive, oui restant possible Il dit que si. — QUE SI : renforce la rĂ©ponse. « Ils n'ont pas besoin l'un de l'autre. — Que si » (Romains).
♱ Ellipt « Je vous agaçais, je vous froissais [...] Si ! si ! Je vous ai souvent froissĂ©e » (France).
♱ Il ne viendra pas, moi si, je viendrai.
II ♩ Adv. d'intensitĂ©
1 ♩ (Devant un adj. ou un adv.) À ce point, Ă  un tel degrĂ©. ⇒ aussi, tellement. « Jamais il ne s'Ă©tait senti si misĂ©rable, si inutile, si petit garçon » (Zola). « Je joue si mal ! » ( Duhamel). Nous sommes si peu de chose. Le temps passe si vite.
2 ♩ (En corrĂ©lation avec une consĂ©cutive introduite par que) « Le coup passa si prĂšs que le chapeau tomba » (Hugo). — Loc. conj. SI BIEN QUE... : de sorte que... Tant et si bien que...
♱ Vx ou littĂ©r. (avec un rel. autre que que) « Il n'est fruit si dĂ©licieux dont un souvenir amer ne risque de gĂąter la saveur » (Duhamel).
III ♩ Adv. de compar. Au mĂȘme degrĂ© (que). ⇒ aussi. « Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur » ( Musset). On n'est jamais si bien servi que par soi-mĂȘme. Il n'est pas si beau que ça, qu'on le dit. (Sans t. de compar.) Ce n'est pas si facile, si simple, si Ă©vident. ⇒ tellement. IV ♩ SI... QUE, introduit une concessive impliquant une idĂ©e de degrĂ© variable. ⇒ aussi, pour (pour... que...), quelque (quelque... que...). « Si bref que soit un Ă©crivain, il en dit toujours trop » (LĂ©autaud). Si peu que ce soit. ⊗ CONTR. Non. si 3. si [ si ] n. m. inv.
‱ 1646; des initiales de Sancte Iohannes dans l'hymne à saint Jean Baptiste → ut
♩ Note de musique, deuxiĂšme degrĂ© de l'Ă©chelle fondamentale, septiĂšme son de la gamme naturelle. Si naturel, si diĂšse, si bĂ©mol. — Ton correspondant. La messe en si de J.-S. Bach. — Cette note reprĂ©sentĂ©e.

● SI AbrĂ©viation dĂ©signant le systĂšme international d'unitĂ©s. ● SI (homonymes) ci adverbe ci pronom dĂ©monstratif

conj. et n. m. inv. (Si s'Ă©lide en s' devant il, ils.)
rI./r conj. (Introduisant une proposition subordonnée conditionnelle.)
d1./d (Suivi de l'indicatif présent ou passé, avec une principale à l'indicatif ou à l'impératif, pour indiquer le caractÚre réalisable de la condition.) Si tu veux la paix, prépare la guerre.
d2./d (Suivi de l'imparfait de l'indicatif, avec une principale au conditionnel présent, pour indiquer le caractÚre non réalisé dans le présent ou irréalisable dans l'avenir de la condition.) Si j'étais en vacances, j'irais me baigner.
d3./d (Suivi du plus-que-parfait de l'indicatif, avec une principale au conditionnel passé, pour indiquer l'irréalité de la condition dans le passé.) Si la nuit avait été plus claire, on l'aurait vu s'enfuir.
d4./d (Dans une phrase exclamative.) Et s'il t'arrive un accident! (sous-entendu: que se passera-t-il?).
— Fam. Combien, comme. Vous pensez s'ils Ă©taient contents!
rII./r conj. (Introduisant une proposition non conditionnelle.)
d1./d Chaque fois que. Si le matin je reçois une lettre, je suis de bonne humeur pour la journée.
d2./d Bien que. Si mes dépenses ne changent pas, mes ressources, elles, diminuent.
d3./d (En corrélation avec c'est que.) S'il n'est pas chez lui, c'est qu'il est au cinéma.
d4./d (Introduisant une proposition complétive ou une interrogative indirecte.) Excusez-moi si je vous dérange. Je verrai si ce que tu dis est vrai.
rIII/r (En loc.)
d1./d Si tant est que (+ subj.): en admettant que.
d2./d Loc. conj. Si ce n'est que: sauf que.
d3./d Si ce n'est: excepté.
rIV./r n. m. inv. Supposition. Assez de si et de mais.
————————
n. m. inv. SeptiÚme note de la gamme d' ut; signe qui la représente.
————————
adv.
rI./r adv. d'affirmation (en réponse à une phrase négative). Il n'était pas là hier.
— Si, je l'ai vu. ça ne t'intĂ©resse pas?
— Si!
rII./r adv. d'intensité.
d1./d Tellement. C'est si triste!
d2./d (Avec une proposition consécutive.) Elle était si impatiente qu'elle ne tenait plus en place.
|| Loc. conj. Si bien que: de sorte que.
rIII/r adv. de comparaison. Aussi. Je n'avais jamais rien vu de si beau.
rIV./r Loc. conj. Si... que (pour introduire une proposition concessive). Si petit qu'il soit.

I.
⇒SI1, conj.
I. — [Si introd. la protase d'un syst. hyp. (si p, q); il marque que la protase p est telle que, dans tous les cas oĂč elle est vĂ©rifiĂ©e, l'apodose q l'est Ă©galement]
A. — [L'apodose q est au cond. (prĂ©s. ou passĂ©) ou bien au subj. p.-q.-parf.]
1. [L'hyp. porte sur le prés.; le syst. hyp. marque l'irréel du prés.]
a) [L'apodose q est Ă  l'aspect de l'inaccompli]
) [Si + imp.; la condition envisagĂ©e — irrĂ©elle — appartiendrait au prĂ©s.] Le latin m'ennuie, et si ce n'Ă©tait qu'il faut ĂȘtre reçu bachelier, je n'en ferais de ma vie (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 66). Je viens trĂšs peu. Si j'habitais chez Madeleine ou si j'y venais davantage, je gagnerais la partie (COCTEAU, Parents, 1938, II, 6, p. 243):
‱ 1. Je pense quelquefois que, si les hommes du siĂšcle de Louis XIV pouvaient revenir au milieu de nous, avec leurs idĂ©es graves et leur forte raison, ils seraient bien Ă©tonnĂ©s de la maniĂšre dont on discute aujourd'hui les questions les plus importantes...
LAMENNAIS, Lettres Cottu, 1820, p. 100.
Rem. Quand l'apodose se trouve dans le champ d'un Ă©lĂ©m. qui entraĂźne le subj., la lang. littĂ©r. peut y employer le subj. imp.: Il n'y a pas dans ce livre une ligne que la presque totalitĂ© de la France, si elle Ă©tait libre, ne s'empressĂąt de signer (CONSTANT, Esprit conquĂȘte, 1813, p. 132).
) [Si + p.-q.-parf. (de l'ind. ou du subj.); la condition envisagĂ©e — irrĂ©elle — appartiendrait au passĂ©] VoilĂ  un commandant de GaĂ«te, qui ne veut pas rendre sa place; eh bien! qu'il la garde! Si Capoue en eĂ»t fait de mĂȘme, nous serions encore Ă  la porte, sans pain ni canons (COURIER, Lettres Fr. et Ital., 1806, p. 703). Et cependant si l'image primitive avait totalement disparu de notre souvenir, comment devinerions-nous par quel caprice toutes ces inĂ©galitĂ©s se sont Ă©chafaudĂ©es de cette façon les unes sur les autres? (H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p. 28). Si je l'avais voulu, vous seriez aujourd'hui dĂ©pouillĂ©s de tout (MAURIAC, NƓud vip., 1932, p. 14).
b) [L'apodose q est à l'aspect de l'accompli] Bourrique!... Si tu n'étais pas un si brave homme, depuis longtemps je t'aurais envoyé paßtre! (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 107). Enfin il est certain que j'ai eu peur ou quelque sentiment de ce genre. Si je savais seulement de quoi j'ai eu peur, j'aurais déjà fait un grand pas (SARTRE, Nausée, 1938, p. 14).
Rem. Dans tous les ex. citĂ©s, le syst. hyp. marque l'irrĂ©el du prĂ©s. Mais il existe des cas oĂč les mĂȘmes formes signifient une potentialitĂ© (plus improbable que dans le cas oĂč si est suivi du prĂ©s.); on ignore ce qui est (ou on ne veut pas le dire): si j'avais 100 000 F (il faut que je refasse mes comptes), je pourrais...; si j'avais rĂ©ussi (je ne sais pas si c'est le cas), je pourrais...
2. [L'hyp. porte sur l'avenir]
a) [Type: si j'avais pu venir demain, je vous aurais montré... Irréel du fut.; je sais déjà que je ne pourrai pas venir demain]
b) [Type: s'il neigeait demain, nous irions dans les Vosges. Potentiel considéré comme improbable] Si vous faisiez la sauvage, alors, oui, on pourrait vous attacher aux quatre montants par les poignets et par les chevilles (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 236):
‱ 2. Quoi donc! se disait-il, si dans soixante jours je devais me battre en duel avec un homme trùs fort sur les armes, est-ce que j'aurais la faiblesse d'y penser sans cesse, et la terreur dans l'ñme?
STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 454.
c) [Type: si j'arrivais un jour Ă  achever cet ouvrage, j'aurais Ă©crit l'Ɠuvre de ma vie. Accompli potentiel, envisagĂ© sous toute rĂ©serve] Voir MOIGNET, SystĂ©matique de la lang. fr., 1981, § 135.
3. [L'hyp. porte sur le passé; le syst. hyp. signifie l'irréel du passé]
a) [Si p est au p.-q.-parf. de l'ind., q au cond. passé] Si tu l'avais réellement aimée, tu aurais fait, au besoin, une absence de quelques mois et bien vite tu serais revenu prÚs de celle qui t'appelait (DU CAMP, Mém. suic., 1853, p. 242):
‱ 3. Si quelques mois plus tĂŽt seulement j'avais entendu quelqu'un parler et raisonner comme ça, j'aurais sautĂ© en l'air, mais maintenant je commençais Ă  n'ĂȘtre plus si sĂ»r d'un tas de choses dont j'avais Ă©tĂ© tellement certain.
Cl. SIMON, Le Sacre du printemps, Paris, Le Livre de poche, 1974 [1954], p. 184.
Rem. q peut se trouver à l'ind. (avec valeur de cond. passé): Si je fusse demeuré, la chose se trouvait accomplie (LAS CASES, Mémor. Ste-HélÚne, t. 1, 1823, p. 895). Tu ne t'attendais pas au double-six. Si je l'avais mis au commencement, cela changeait tout le jeu (HUGO, Misér., t. 2, 1862, p. 47).
b) [Si p est au p.-q.-parf. de l'ind., q est au p.-q.-parf. du subj.] Elle n'avait pas la foi (...); cependant, si elle avait manqué la messe du dimanche, elle en eût été ennuyée, et fût entrée un instant à l'église (MONTHERL., Pitié femmes, 1936, p. 1086). C'était encore heureux qu'il y eût la fatigue. Si Rieux avait été plus frais, cette odeur de mort partout répandue eût pu le rendre sentimental. Mais quand on n'a dormi que quatre heures, on n'est pas sentimental (CAMUS, Peste, 1947, p. 1374).
c) [Si p est au p.-q.-parf. du subj., q au cond. passĂ©] La veille, je me serais jetĂ© dans la mer si l'on m'eĂ»t enlevĂ© Ă  l'armĂ©e (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p. 143). Et, par contre, si je n'eusse pas tenu ce journal en A. É. F., sans doute n'aurais-je rapportĂ© de mon voyage au Congo que quelques « paysages » pour un nouvel Amyntas (GIDE, Journal, 1933, p. 1155).
d) [Si p et q sont au p.-q.-parf. du subj.] Ah! à cette heure, si c'eût été une course, il les eût dépassés tous; si c'eût été une lutte, il les eût étranglés tous, jetés tout disloqués à ses pieds! (MONTHERL., Songe, 1922, p. 8). Si son amour-propre eût été moins profondément blessé, Malorthy se fût décidé sans doute à rendre bon compte à sa femme de sa visite au chùteau (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 70).
Rem. Le recours au p.-q.-parf. du subj., soit simultanément dans si p et q, soit dans si p, soit dans q, bien que beaucoup moins fréq. que le syst. corrél. p.-q.-parf./cond. passé, reste vivant dans la lang. littér.
B. — [La princ. n'est ni au cond., ni au subj.]
1. [L'hyp. porte sur le prés. (potentiel du prés.)]
a) [Dans une phrase Ă  valeur gĂ©nĂ©rique ou itĂ©r. (si peut commuter avec lorsque, quand)] Quand on veut Ă©viter d'ĂȘtre charlatan, il faut fuir les trĂ©teaux; car, si l'on y monte, on est bien forcĂ© d'ĂȘtre charlatan, sans quoi l'assemblĂ©e vous jette des pierres (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p. 28). — Ça chauffe donc? Tiens, ça chauffe? Un moment aprĂšs, si l'Ă©meute approche et gagne, il ferme prĂ©cipitamment sa boutique et endosse rapidement son uniforme (HUGO, MisĂ©r., t. 2, 1862, p. 291):
‱ 4. C'est un vieux camarade: une espùce de baromùtre. Les jours de pluie, il est tout noir; si ça brouillasse, il prend la couleur des ardoises; mais, au plein soleil, il devient bleu, l'animal...
MARTIN DU G., Vieille Fr., 1933, p. 1019.
— [Si p est Ă  un temps du passĂ©] [Les sultans et les vizirs] non seulement pardonnent Ă  un empoisonneur, mais encore le font premier ministre si le crime a Ă©tĂ© ingĂ©nieux (DUMAS pĂšre, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 759). S'ils ont manquĂ© de fidĂ©litĂ©, ils ne croient pas avoir violĂ© leur serment; s'ils ont pris sur eux des rĂŽles qui rĂ©pugnent Ă  d'autres caractĂšres, ils pensent avoir rendu de grands services (CHATEAUBR., MĂ©m., t. 2, 1848, p. 153).
b) [Si p formule une hyp. sur le prés., dont on ne sait pas si elle est vérifiée (potentialité épistémique)] Car il a votre ùge, à peu prÚs, s'il vit (SARTRE, Mouches, 1943, I, 1, p. 20).
c) [Si p exprime une Ă©ventualitĂ© qui justifie q] Pour le cas oĂč.
— [Si p est au prĂ©s.] L'Autriche ne me fera pas la guerre. Si elle me la fait, j'ai 150 000 hommes en Allemagne, et autant sur le Rhin, et 400 000 Allemands pour lui rĂ©pondre (NAPOLÉON Ier, Lettres JosĂ©ph., 1809, p. 167). Si tu Ă©cris un jour un roman, lui dis-je, je t'ai trouvĂ© un titre (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 200).
— [Si p est Ă  l'imp. (Ă©ventualitĂ© plus improbable)] Je pars pour les rues. — Si, par hasard, j'y restais, je dĂ©sire que MM. Brizeux, Antoni Deschamps et Émile Deschamps, sous les yeux de ma chĂšre Lydia, examinent avec soin mes portefeuilles et impriment ce qui est digne de mĂ©moire Ă  leur avis et seulement cela (VIGNY, Journal poĂšte, 1830, p. 927). Nous nous armons de plusieurs fusils et de pistolets pour rĂ©sister, si l'on voulait employer la force pour nous retenir (LAMART., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 61). — (...) Et vous, quel est votre cafĂ©, si on voulait vous faire dire quelque chose? — Comment, mon cafĂ©? — Oui, votre cafĂ© habituel. — Je n'ai pas de cafĂ© habituel, dit Alban, offensĂ© (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 394).
d) [Si p expose une situation fictive entraĂźnant des consĂ©quences que l'on veut faire percevoir] Proposer de faire le procĂšs Ă  Louis XVI (...) c'est mettre la rĂ©volution elle-mĂȘme en litige. En effet, si Louis peut ĂȘtre encore l'objet d'un procĂšs, Louis peut ĂȘtre absous; il peut ĂȘtre innocent. Que dis-je? Il est prĂ©sumĂ© l'ĂȘtre jusqu'Ă  ce qu'il soit jugĂ©. Mais, si Louis est absous; si Louis peut ĂȘtre prĂ©sumĂ© innocent, que devient la rĂ©volution? Si Louis est innocent, tous les dĂ©fenseurs de la libertĂ© deviennent des calomniateurs (ROBESP., Discours, Jug. Louis XVI, t. 9, 1792, p. 122).
e) [Si p fixe les conventions, les rÚgles à partir desquelles l'énonciateur déclare qu'il va démontrer, calculer, évaluer] Si on admet que..., si on prend pour (terme de) référence..., si on prend pour base... [Le commerce] ne saurait à lui seul nourrir toute la famille, cinq bouches, si on compte la bonne (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 12). Si on se limite aux congrÚs européens, le taux de participants des équipes chirurgicales [françaises] est inférieur à 10 % (Le Monde, 25 oct. 1989, p. 20, col. 2).
2. [L'hyp. porte sur l'avenir (potentiel du fut.)]
a) [L'apodose q est au fut.] S'il neige, nous irons dans les Vosges. J'attendrai la nuit, si je suis vivant, pour rĂ©flĂ©chir. Mais vivant... Quand une mission est facile, il en rentre une sur trois (SAINT-EXUP., Pilote guerre, 1942, p. 271). Écoute, Hugo (...) je n'ai pas reçu d'ordre Ă  ton sujet. Mais si jamais j'en reçois, tu dois savoir que je ferai ce qu'on me commandera (SARTRE, Mains sales, 1948, 1er tabl., 1, p. 21):
‱ 5. Allemands et Italiens ont fait main basse sur les rĂ©serves. Amphoux entendait hier un de leurs officiers supĂ©rieurs, au restaurant, dĂ©clarer en riant: « Si les Anglais viennent Ă  Tunis (je crois mĂȘme qu'il disait: quand les Anglais viendront), ils ne trouveront plus rien, rien, rien! » et ceci en fort bon français.
GIDE, Journal, 1943, p. 164.
— [Si p a valeur gĂ©nĂ©rique] Une femme française qui Ă©pousera un Ă©tranger, suivra la condition de son mari. Si elle devient veuve, elle recouvrera la qualitĂ© de Française, pourvu qu'elle rĂ©side en France (Code civil, 1804, art. 19, p. 5).
— [Si p est Ă  l'accompli] Si j'ai rĂ©ussi Ă  rendre ce que j'ai senti, il restera de mon portrait une des premiĂšres figures de l'histoire (CHATEAUBR., MĂ©m., t. 2, 1848, p. 649).
b) [L'apodose q est au fut. ant.] Ah! quand le songe de la vie sera terminĂ©, Ă  quoi auront servi ses agitations [de l'esprit], si elles ne laissent la trace de l'utilitĂ©! (VOLNEY, Ruines, 1791, p. 4). Si nous sommes Ă©crasĂ©s ici et Ă  Madrid, les hommes auront un jour vĂ©cu avec leur cƓur. Tu me comprends? MalgrĂ© la haine. Ils sont libres. Ils l'avaient jamais Ă©tĂ© (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 602).
c) [L'apodose q est au prĂ©s. Ă  valeur de fut. ou Ă  l'impĂ©r.] Je peux, ces vacances, si je vais Ă  Trouville, prendre des informations sur lui, si ça t'amuse et si j'y pense (FLAUB., Corresp., 1853, p. 223). Si vous allez Ă  NĂźmes, faites un tour dans la vieille cathĂ©drale (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1890, p. 39). Si, quand vous aurez atteint le passage, je ne suis pas apparu, barre-toi. — Si elle ne veut pas me suivre? — Tant pis (VAILLAND, DrĂŽle de jeu, 1945, p. 23).
3. [L'hyp. porte sur le passé (potentiel du passé)]
a) [Dans une phrase Ă  valeur gĂ©nĂ©rique ou itĂ©r. (si peut commuter avec lorsque, quand; p et q sont Ă  l'imp.)] Il la repoussait, du fond de ses rĂȘves, si elle tentait de tromper son sommeil (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 391):
‱ 6. Aussi, un patriote s'en laissait imposer facilement s'il se trouvait dans les salons ou parmi les rassemblements d'officiers, tant il se voyait en minoritĂ©; mais sitĂŽt qu'il Ă©tait dans la rue ou parmi les soldats, il se retrouvait alors au milieu de la nation tout entiĂšre.
LAS CASES, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 1, 1823, p. 960.
b) [Si p formule une hyp. sur le passé (potentialité épistémique)]
) [On ignore actuellement si cette hyp. Ă©tait vĂ©rifiĂ©e] Pourtant si elle avait un amant, cette femme, il avait bien raison de la battre, son mari... — Il n'avait pas raison, mais c'est une excuse pour lui (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 87).
) [On se replace dans le passé de l'énonciateur qui ignorait si l'hyp. allait se vérifier] Voici venir une montagne d'eau qui s'avançait en mugissant et qui, si vous tardiez d'une minute, pouvait, ou vous entraßner, ou vous écraser contre le mur (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 52).
— [q est au passĂ© simple] Le reste [de la troupe] demeura campĂ© Ă  une portĂ©e de fusil du tertre, prĂȘt Ă  venir Ă  notre secours si nous fussions tombĂ©s dans une embĂ»che (LAMART., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 373). Le jeune homme fit un mouvement, Marthe se sentit perdue si la porte s'ouvrait (HUYSMANS, Marthe, 1876, p. 116).
— [Avec idĂ©e d'alternative dans le passĂ©] Je m'entendais demander: « Tu m'aimes? » (...) Si je rĂ©pondais oui, je me trouvais engagĂ© au delĂ  de mes vrais sentiments. Si j'osais dire non, je risquais de ne plus ĂȘtre aimĂ©, et j'en souffrais (CAMUS, Chute, 1956, p. 1524). Si de but en blanc j'affichais mes intentions, nul doute que (...) se fĂ»t levĂ©e dans tous les milieux une vague de stupeurs et de fureurs qui eĂ»t fait chavirer le navire (DE GAULLE, MĂ©m. d'espoir, t. 1, 1970, p. 51).
— [Avec valeur d'accompli] Peut-ĂȘtre craignais-je aussi et de l'offenser par des tentatives dĂ©placĂ©es et de m'enchaĂźner plus Ă©troitement, si par hasard j'avais rĂ©ussi (CONSTANT, CĂ©cile, Paris, Gallimard, 1951 [1830], p. 194). Et si peut-ĂȘtre j'eusse Ă©tĂ© m'effrayer du dĂ©sordre oĂč m'entraĂźnait leur anarchie, ne savais-je point aussitĂŽt me rassurer en me remĂ©morant ces mots (GIDE, Journal, Feuillets, 1923, p. 779).
C. — Comme si, loc. conj.
1. [Introd. une prop. sub. hyp. à valeur irréelle, attribuant au procÚs réel de la princ. q un cadre ou une cause imaginaires]
a) [q situe le procÚs (réel) dans le prés.]
) [Comme si p est Ă  l'imp.] Elle s'avance ainsi, harmonieusement, heureuse de vivre et souriant d'un blanc sourire, comme si elle apercevait au loin dans l'espace un miroir reflĂ©tant sa dĂ©marche et sa beautĂ© (BAUDEL., PoĂšmes prose, 1867, p. 118). AprĂšs tant d'annĂ©es Ă©coulĂ©es, ces cinq notes vibrantes, il me semble les entendre encore, comme si j'Ă©tais toujours lĂ -bas, sur cette piste du Sud, ou comme si elles rĂ©sonnaient prĂšs de moi (THARAUD, FĂȘte arabe, 1912, p. 9).
♩ Comme si de rien n'Ă©tait (fam.). En feignant d'ignorer ce qui est, ce qui s'est passĂ©. À la fin il la trahit, pour son pĂšre; puis il lui revient comme si de rien n'Ă©tait (MONTHERL., Fils personne, 1943, prĂ©f., p. 272).
♩ Tout se passe comme si. [Expr. par laquelle le locuteur avance une explication qu'il sait irrĂ©elle ou qu'il hĂ©site Ă  assumer] Nous sommes toujours, nous autres, la queue de quelque comĂšte. Tout se passe comme si nous existions peu par nous-mĂȘmes (GUÉHENNO, Journal homme 40 ans, 1934, p. 38).
) [Comme si p est au p.-q.-parf.: la cause fictive p est envisagĂ©e comme ant. Ă  q] Le haschisch (ou herbe, c'est-Ă -dire l'herbe par excellence, comme si les Arabes avaient voulu dĂ©finir en un mot l'herbe, source de toutes les voluptĂ©s immatĂ©rielles) porte diffĂ©rents noms, suivant sa composition et le mode de prĂ©paration qu'il a subie dans le pays oĂč il a Ă©tĂ© rĂ©coltĂ© (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p. 351).
Rem. Rare, comme si p est au subj. imp.: Il y songeait peut-ĂȘtre trop. Pour moi, quand je suis lĂ , portant cette cuvette, comme si je fusse l'ordonnance de ce fricoteur, c'est, sans doute, afin que je me rende bien compte que nous, les grands personnages, nous avons du mal Ă  nous garder hors de la rubrique commune (AUDIBERTI, Mal court, 1947, I, p. 147).
b) [q situe le procÚs (réel) dans le passé]
) [Comme si p est à l'imp.] Une légÚre fraßcheur s'était déjà manifestée au bout de mes doigts; bientÎt elle se transforma en un froid trÚs-vif, comme si j'avais les deux mains plongées dans un seau d'eau glacée (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p. 362).
) [Comme si p est au p.-q.-parf. (de l'ind. ou du subj.), avec valeur d'antĂ©rioritĂ© ou non] Le teint, sans ĂȘtre maladif, Ă©tait grisĂątre, comme si le sang, sous la peau, eĂ»t Ă©tĂ© incolore (MARTIN DU G., Thib., ÉtĂ© 14, 1936, p. 22). On ne me plaignait pas, mais on me traita comme si j'avais eu du chagrin (BOSCO, Mas ThĂ©ot., 1945, p. 31).
Rem. Var. de comme si: (de) mĂȘme que si, autant que si. La nouveautĂ© des choses donnait le mĂȘme repos que si l'on eĂ»t voyagĂ© (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 9). Elle Ă©voluait entourĂ©e de voyous, autant Ă  l'aise que si elle eĂ»t toujours vĂ©cu en leur compagnie (RADIGUET, Bal, 1923, p. 37).
2. [Comme Ă©noncĂ© autonome, gĂ©n. sous forme exclam.; exprime le caractĂšre inacceptable, invraisemblable de ce qui a Ă©tĂ© dit prĂ©cĂ©demment] Comme s'il en Ă©tait capable! — Ah!... Vos maĂźtres ne se promĂšnent pas souvent? (...) — Vous pensez! Comme si l'on n'avait pas autre chose Ă  faire! (GIDE, Isabelle, 1911, p. 604). Comme si je pouvais songer Ă  vivre loin de toi, mon grand (MARTIN DU G., Taciturne, 1932, I, 6, p. 1252).
3. Loc. verb. Faire comme si. Agir de la mĂȘme maniĂšre qu'on le ferait dans le cas oĂč. On pouvait faire tout ce qu'on voulait du moment qu'on lui demandait rien. Il nous prĂ©venait franchement lui-mĂȘme: « Faites donc comme si j'Ă©tais pas lĂ ! » (CÉLINE, Mort Ă  crĂ©dit, 1936, p. 202).
— Empl. abs. Feindre. Ainsi, partout, l'on triche. Partout, l'on fait comme si... C'est insupportable (AUDIBERTI, Mal court, 1947, III, p. 185).
D. — MĂȘme si, loc. conj. [Introd. une prop. hyp. Ă  valeur concess.; dans la phrase q mĂȘme si p, mĂȘme si signifie que q est vĂ©rifiĂ© y compris dans l'hyp. dĂ©favorable p]
1. [L'hyp. p est une hyp. potentielle]
a) [Potentiel du prĂ©s.] Sur le chemin oĂč je suis, on ne peut s'arrĂȘter, mĂȘme si on le dĂ©sire (CAMUS, État de siĂšge, 1948, 3e part., p. 288).
b) [Potentiel de l'avenir] Il y a une autre garde autour du corps de Polynice et, mĂȘme si tu parviens Ă  le recouvrir encore, on dĂ©gagera son cadavre, tu le sais bien (ANOUILH, Antig., 1946, p. 177).
2. [L'hyp. est réalisée]
a) [Au prĂ©s.] Et mĂȘme si ce n'Ă©taient lĂ  que des rĂȘves, il ne faut pas jouer avec les rĂȘves des hommes (MAURIAC, BĂąillon dĂ©n., 1945, p. 489).
b) [Dans le passĂ©] MĂȘme s'il allait sans se presser, Ă©coutant contre ses cuisses le sifflement des fougĂšres entr'ouvertes, il avait l'impression de fuir (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 304).
3. [L'hyp. est une hyp. irréelle]
a) [IrrĂ©el du prĂ©s.] Trop d'orages. MĂȘme s'il manipulait nous n'entendrions pas (SAINT-EXUP., Vol nuit, 1931, p. 116). MĂȘme si je m'Ă©tais laissĂ© tomber lĂ , un Ɠil, quelque part dans cette boue, je ne reviendrais pas pour le ramasser! (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 539).
b) [IrrĂ©el du passĂ©] MĂȘme si je l'avais su, cela n'aurait rien changĂ©. MĂȘme si cela t'avait intĂ©ressĂ©e, tu aurais eu du mal Ă  comprendre ce qu'Ă©tait l'union de ces deux ĂȘtres, de cette mĂšre et de ce fils (MAURIAC, NƓud vip., 1932, p. 25). Et son cƓur Ă©tait si plein d'inquiĂ©tude, le poids pesait si lourd sur son cƓur, qu'elle aurait dit ces mots-lĂ  tout haut, mĂȘme si elle eĂ»t Ă©tĂ© vraiment seule (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 105).
E. — Sauf si, exceptĂ© si. [Introd. une hyp. interdisant la rĂ©alisation de q] Vous devrez obligatoirement jouer dehors, sauf s'il pleut (H. BAZIN, VipĂšre, 1948, p. 47). V. exceptĂ© B 2 c ex. de Renard et de Giraudoux.
II. — [Empl. argumentatifs: dans tous les cas oĂč p est vĂ©rifiĂ©, q l'est Ă©galement]
A. — [Si pose une rel. de type causal ou dĂ©ductif]
1. [Si p, q signifie qu'il y a une rel. de cause Ă  effet entre deux faits rĂ©els, objectifs] Étant donnĂ© que, puisque. Si la premiĂšre scĂšne commença Ă  six heures du soir sous une joyeuse lumiĂšre, il n'est pas Ă©tonnant que nous soyons encore Ă  minuit dans une atmosphĂšre funĂšbre au tableau de la psychĂ© (JOUVE, Avent. C. Crachat, Vagadu, 1963, p. 203).
— [q est une question rhĂ©t.] Si ce petit roman nous a fait retrouver aprĂšs seize ans d'absence, ne t'appartenait-il pas, et pouvais-je le placer sous un plus amical patronage que le tien? (CHAMPFL., Souffr. profess. Delteil, 1853, p. 1).
— [Type: pardonnez-moi si j'insiste] À cinq heures du matin, quand le jour commença à paraütre à travers les rideaux, Marguerite me dit: — Pardonne-moi si je te chasse, mais il le faut. Le duc vient tous les matins (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p. 124).
2. [Si annonce un raisonnement déductif, en expose la prémisse]
a) [Si p dĂ©signe une prĂ©misse objective] Étant donnĂ© que. Mais si chaque coquille est dissymĂ©trique, on pourrait bien s'attendre que, sur un millier d'exemplaires, le nombre de celles qui tournent leurs spires « dans le sens des aiguilles d'une montre » fĂ»t Ă  peu prĂšs Ă©gal au nombre de celles qui tournent dans le sens opposĂ© (VALÉRY, VariĂ©tĂ© V, 1944, p. 15).
b) [Si p dĂ©signe seulement une Ă©ventualitĂ©: si p, il faut en conclure que q] Voyons, vous verrez bien oĂč l'on vous tirera dessus! Si l'on vous tire dessus, les positions sont allemandes (SAINT-EXUP., Pilote guerre, 1942, p. 269).
— [DĂ©voilant, par l'absurde, un mensonge] Si la Suisse n'a pas de marine, comment ĂȘtes-vous amiral? (MEILHAC, HALÉVY, Vie paris., 1867, III, 10, p. 76). « (...) Je dis que vous avez foutu le camp devant l'ennemi et livrĂ© la France. » Lambert, qui les Ă©coutait sans rien dire, rougit et se penche vers le sergent: « Mais dis donc, mon petit pote, comment que ça se fait que tu soyes ici, si t'as pas foutu le camp? (...) » (SARTRE, Mort ds Ăąme, 1949, p. 210).
3. [Si p dĂ©crit une situation rĂ©elle que q justifie] Pardonnez, lecteur sĂ©vĂšre, je ne suis pas coupable. Si j'ai donnĂ© entrĂ©e dans mon trop sensible cƓur au fatal poison de l'amour, il fut prĂ©sentĂ© par une enchanteresse, Ă  laquelle vous n'auriez pas plus rĂ©sistĂ© que moi (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 2).
— En partic. Si..., c'est (que). Si je ne te donne rien pour ta fĂȘte depuis des annĂ©es, ce n'est pas que je l'oublie, c'est par vengeance (MAURIAC, NƓud vip., 1932, p. 16):
‱ 7. J'emprunte trĂšs volontiers et si je rends — je rends toujours et ponctuellement — c'est Ă  cause de la conscience d'autrui (...), je ne voudrais pas qu'on pense que je suis un tapeur malhonnĂȘte.
SARTRE, Carnets de la drĂŽle de guerre, Paris, Gallimard, 1983 [1940], p. 297.
4. [Le locuteur prend acte d'un propos, et en tire les consĂ©quences] Eh bien, s'il n'y a plus de pain, je vais aller en chercher; si c'est ça, il n'y a plus qu'Ă  partir. — C'est bien ici pourtant que monsieur Goujet travaille? — Ah! Goujet, oui! dit l'ouvrier, connu Goujet!... Si c'est pour Goujet que vous venez... allez au fond (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 527):
‱ 8. — C'est prĂ©vu, rĂ©pĂ©ta Paul, c'est convenu. L'autre agita ses papiers jaunes. — Si c'est prĂ©vu, c'est marquĂ©. Si vous le dites, c'est peut-ĂȘtre marquĂ©.
J. ECHENOZ, L'ÉquipĂ©e malaise, 1986, p. 151.
5. [Type: si jamais j'ai Ă©tĂ© heureux, c'est bien dans cette maison. La vĂ©ritĂ© de p est prĂ©sentĂ©e comme hyp., mais le fait Ă©voquĂ© est tel qu'il a toute chance d'ĂȘtre rĂ©alisĂ©; d'oĂč la certitude de q] Si l'on a jamais pu dire qu'un pays n'Ă©tait pas mĂ»r pour la libertĂ©, c'est en parlant de la GrĂšce (ABOUT, GrĂšce, 1854, p. 217). Si une sociĂ©tĂ© a Ă©tĂ© constituĂ©e pour durer, c'Ă©tait bien celle-lĂ  (FUSTEL DE COUL., CitĂ© antique, 1864, p. 289).
B. — [Si pose une rel. de type adversatif]
1. [L'Ă©nonciateur, tout en admettant la vĂ©ritĂ© de p, allant dans le sens d'une conclusion dĂ©terminĂ©e, avance un argument q qui contredit cette conclusion] Dans l'ancienne sociĂ©tĂ© fĂ©odale, si le seigneur possĂ©dait de grands droits, il avait aussi de grandes charges (TOCQUEVILLE, Anc. RĂ©g. et RĂ©vol., 1856, p. 107). Je paraĂźtrais plutĂŽt plus jeune que mon Ăąge. — Je suis gros, c'est ce qui explique ton erreur; mais, si j'ai du ventre, je n'ai pas de rides (COURTELINE, Boubouroche, 1893, I, 2, p. 30).
— [La princ. comporte souvent un adv. adversatif] Mais, dira-t-on, si le roi ne jouit plus de la puissance lĂ©gislative, l'administration du moins lui appartient tout entiĂšre (LAMENNAIS, Religion, 1825, p. 31). Si le point 3 du plan de restructuration [de la chimie] ne pose pas vĂ©ritablement de problĂšme, en revanche les points 1 et 2 sont autrement Ă©pineux (Le Monde, 24 nov. 1989, p. 37, col. 3).
— [Type: qu'importe, si] Mais cette voie est dure, fatigante, pĂ©nible; qu'importe, si elle conduit au ciel? (LAMENNAIS, Lettres Cottu, 1822, p. 133).
2. LittĂ©r. [Si p, q exprime une oppos. rhĂ©t., sans plus] Ainsi Londres est nĂ© de l'eau, si LutĂšce est nĂ©e de la boue (MORAND, Londres, 1933, p. 2). Tu n'Ă©tais qu'un visiteur occasionnel, que Maman n'attendait plus vraiment, si moi je l'espĂ©rais encore chaque soir (P. MERTENS, Les Éblouissements, Paris, Ă©d. du Seuil, 1989 [1987], p. 251).
C. — 1. [Si p pose une rel. de type concess.; par si p le locuteur met en doute la vĂ©ritĂ© de q] Je compte sur votre amitiĂ© pour m'aider, Beauchamp, si toutefois le mĂ©pris ne l'a pas tuĂ©e dans votre cƓur (DUMAS pĂšre, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 404). Ça ne fait pas l'ombre d'un doute que la chose ne s'arrange, si on sait seulement s'y prendre (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p. 11).
— En partic. [Dans des tournures]
♩ [mettant en doute l'existence de ce qui est dĂ©nommĂ©] Ce prĂ©jugĂ©, si c'en est un, est fortifiĂ© chez moi par tant d'observations, que loin de chercher Ă  le combattre, je m'en sers (JOUY, Hermite, t. 2, 1812, p. 87). À coup sĂ»r, me dis-je, cette pauvretĂ©-lĂ , si pauvretĂ© il y a, ne doit pas admettre l'Ă©conomie sordide; un si noble visage m'en rĂ©pond (BAUDEL., PoĂšmes prose, 1867, p. 69).
♩ [mettant en doute la nĂ©cessitĂ©, la possibilitĂ© ou la pertinence de ce qui est dit] Son extrĂȘme dĂ©licatesse est, s'il se peut, au-dessus de sa beautĂ© touchante (STENDHAL, Amour, 1822, p. 68). Nous croirions mĂȘme volontiers que pour bon nombre d'entre eux la Esmeralda n'Ă©tait qu'un prĂ©texte, si des voleurs avaient besoin de prĂ©textes (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 475). [La dĂ©route de l'homme d'affaires] avec 6,6 milliards de dollars en poche, est venue dĂ©montrer, si besoin Ă©tait, la fragilitĂ© de ce marchĂ© (Le Monde, 17 oct. 1989, p. 25, col. 5).
♩ [exprimant les rĂ©serves du locuteur sur sa capacitĂ© Ă  dire le vrai: si j'ai bonne mĂ©moire, si je me souviens bien, si je ne me trompe, si j'ai bien compris] Et dans nos thĂ©Ăątres, naguĂšre encore, il fut un temps oĂč l'on sifflait. C'Ă©tait, si notre mĂ©moire est bonne, de 1824 Ă  1829; le roi d'alors, le clergĂ© aidant, se prĂ©parait Ă  renverser la Charte, et Ă  priver le peuple de ses droits (MUSSET, Lettres Dupuis Cotonet, 1836, p. 658). Le fond de sa pensĂ©e, si j'ai bien compris, c'est que j'avais prĂ©mĂ©ditĂ© mon crime (CAMUS, Étranger, 1942, p. 1193).
♩ [exprimant un doute sur la lĂ©gitimitĂ© d'une dĂ©nom., d'une formulation: si (l')on peut/si (l')on ose dire, si (l')on peut s'exprimer ainsi] Au fond d'une cour assez spacieuse, s'Ă©levait, en face de la porte, une maison, si toutefois ce nom convient Ă  l'une de ces masures bĂąties dans les faubourgs de Paris, et qui ne sont comparables Ă  rien, pas mĂȘme aux plus chĂ©tives habitations de la campagne, dont elles ont la misĂšre sans en avoir la poĂ©sie (BALZAC, Chabert, 1832, p. 65). La haute cheminĂ©e qu'ornait, si l'on peut dire, une reproduction, coloriĂ©e, de la ClĂ©opĂątre de ClĂ©singer (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 8).
♩ [excusant ou feignant d'excuser le caractĂšre trop hardi ou trop critique d'une formulation] J.-J. Rousseau donna, si je puis ainsi m'exprimer, des entrailles Ă  tous les mots (JOUBERT, PensĂ©es, t. 2, 1824, p. 192). Mais dans ce corps fluet, on sentait circuler une rĂ©sistance; il avait, si l'on peut dire, du noyau sous la peau (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 8). Il a un dĂ©faut, si on peut dire: il parle seul (GIONO, Regain, 1930, p. 25).
2. Locutions
a) Si ce n'est, loc. prép. et conj.
) [Dans une phrase nég., excepte un élém. de l'ensemble qui est nié] Synon. sinon.
— Si ce n'est + groupe nom. Il ne prĂ©fĂ©rait vĂ©ritablement aucune d'elles, si ce n'est celle auprĂšs de qui il se trouvait (MARTIN DU G., Devenir, 1909, p. 145). Il n'y a pas plus casanier, si ce n'est les tigres, que les conquĂ©rants au repos! (GIRAUDOUX, Amphitr. 38, 1929, I, 1, p. 16).
— Si ce n'est + prop. conj., gĂ©rondif ou inf. prĂ©cĂ©dĂ© d'une prĂ©p. Il ne s'est rien passĂ© de remarquable Ă  ce dĂźner, si ce n'est que le nom de David [qui vient de dĂ©cĂ©der] n'y a pas Ă©tĂ© prononcĂ© (DELÉCLUZE, Journal, 1826, p. 305). Je n'entends pas prendre part Ă  ce dĂ©bat, si ce n'est pour essayer de mettre quelque discernement dans les principes que chacun a invoquĂ©s pour dĂ©fendre son point de vue (MASSIS, Jugements, 1923, p. 267). Il est sĂ©vĂšrement interdit de porter assistance Ă  toute personne frappĂ©e par la maladie, si ce n'est en la dĂ©nonçant aux autoritĂ©s qui s'en chargeront (CAMUS, État de siĂšge, 1948, 1re part., p. 224).
— [Dans une question rhĂ©t. prĂ©sentant une affirm. comme la seule possible] Parle franchement. Par quels yeux puis-je voir la vĂ©ritĂ©, si ce n'est par les tiens? (MUSSET, Fantasio, 1834, I, 1, p. 180).
) [Dans une phrase positive, introd. un prĂ©dicat qui renchĂ©rit sur un premier prĂ©dicat] Et peut-ĂȘtre mĂȘme. Tous les mouvements sont heureusement trouvĂ©s — et accusent un esprit sincĂšrement amateur de la forme, si ce n'est amoureux (BAUDEL., Salon, 1845, p. 37). Puisque tu trompais l'un, qui me prouve que tu ne tromperais pas l'autre? si ce n'est dĂ©jĂ  chose faite (COCTEAU, Parents, 1938, II, 9, p. 252).
Rem. Rare, au sens de « Ă  moins que »: Sa petite tĂȘte de fruit confit, Ă  cheveux blancs et Ă  moustache noire, si ce n'est le contraire: je ne sais plus bien (RENARD, Journal, 1905, p. 988).
b) Si pas, rare ou région. (Belgique). Synon. de sinon, si ce n'est. Il était en passe de devenir bienheureux, si pas tout à fait saint (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 54). C'est sûr qu'il est de plus en plus ému, sentimental, romantique, si pas larmoyant (A. STIL, Une Histoire pour chaque jour, Paris, Le Livre de poche, 1986, p. 158).
c) Si mĂȘme... ne... pas. [Exprime le renchĂ©rissement] Et peut-ĂȘtre mĂȘme. Il le fera, si mĂȘme il ne l'a dĂ©jĂ  fait, « il le fera et peut-ĂȘtre mĂȘme l'a-t-il dĂ©jĂ  fait ». MĂȘme la nouvelle que Hume, dans l'intervalle, Ă©tait devenu le secrĂ©taire du gĂ©nĂ©ral Conway, et Ă©tait par consĂ©quent fort au courant de ce qui se passait, si mĂȘme il n'y aidait pas, ne l'Ă©branla pas (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1952, p. 226). L'ennemi perdra bientĂŽt l'espoir de vaincre, si mĂȘme, Ă  l'heure oĂč je vous parle, il ne l'a dĂ©jĂ  perdu (DE GAULLE, MĂ©m. guerre, 1954, p. 461).
d) Si tant est que, loc. conj. [Dans l'énoncé q, si tant est que p, q est présenté comme vrai sous la réserve que soit vrai le préalable p]
— [La prop. est au subj.] Je n'attache aucun prix Ă  ce roman, et je rĂ©pĂšte que ma seule intention, en le laissant reparaĂźtre devant un public qui l'a probablement oubliĂ©, si tant est que jamais il l'ait connu... (CONSTANT, Adolphe, prĂ©f. de la 3e Ă©d., 1824, p. 5). J'entendais que le « front du Tchad », — si tant est qu'on pĂ»t donner ce nom Ă  un ensemble d'actions forcĂ©ment discontinues, — demeurĂąt un front français (DE GAULLE, MĂ©m. guerre, 1954, p. 250).
— [La prop. est Ă  l'ind.] M. Robert Darzac (...) ne cessait point sa cour, si tant est qu'on peut encore appeler « cour » les soins dĂ©licats et tendres dont on ne cesse d'entourer une femme de trente-cinq ans, restĂ©e fille et qui a dĂ©clarĂ© qu'elle ne se marierait point (G. LEROUX, Myst. ch. jaune, 1907, p. 21). Je mettais ma coquetterie — si tant est que j'en avais — Ă  ĂȘtre nĂ©gligĂ© (SARTRE, Carnets de la drĂŽle de guerre, Paris, Gallimard, 1983 [1940], p. 301).
D. — [Si p signifie sans plus la survenue (possible ou dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ©e) d'un Ă©vĂ©nement et prĂ©sente cet Ă©vĂ©nement comme objet de jugement] Tout le monde s'en fout, jeune homme, si vous bouffez ou si vous ne bouffez pas... vous pouvez crever sous leurs yeux (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 253).
— [FrĂ©q., exprime une apprĂ©ciation sur la nĂ©cessitĂ© ou l'opportunitĂ© de p] C'est une chance si; c'est un miracle si; (c'est) heureux si. C'est un coup du ciel si je me suis trouvĂ© lĂ  pour prĂ©server ce livre du dĂ©shonneur de servir Ă  envelopper du beurre et du fromage (DELÉCLUZE, Journal, 1827, p. 433). CoincĂ©e, heurtĂ©e, prĂ©cipitĂ©e, c'est merveille si la caisse arrive entiĂšre (GIDE, Voy. Congo, 1927, p. 688).
— [FrĂ©q., q exprime un pronostic] Je me trompe fort si les exemples ne me donnent raison (GIDE, Si le grain, 1924, p. 358).
— (C'est) Ă  peine/tout juste si. Au train dont je vais, c'est tout au plus si j'Ă©crirai ces trois ou quatre [romans] (FLAUB., Corresp., 1869, p. 2).
III. — [Si, introducteur d'une interr. indir., signifie l'incapacitĂ© oĂč est le locuteur d'attribuer Ă  cette prop. la valeur « vrai » ou la valeur « faux »]
A. — [Si introducteur d'une interr. indir. aprùs un verbe de connaissance]
1. [Corrélativement à un groupe introducteur affirmant l'ignorance ou l'impliquant. Si s'oppose à que: je ne sais pas si p/je sais que p. Par leur sens certains verbes exigent si et excluent catégoriquement que: je me demande si p; inversement des verbes affirmant la vérité excluent si: j'admets si p, j'affirme si p, j'avoue si p, je reconnais si p]
a) [Type: ne pas savoir si, ignorer si (groupes verbaux affirmant l'ignorance, le refus de savoir, l'impossibilitĂ© de savoir)] Il faisait de larges enjambĂ©es sans s'inquiĂ©ter si les femmes pouvaient le suivre (CHAMPFL., Avent. Mlle Mariette, 1853, p. 189). Il m'Ă©tait impossible de deviner, entre tant d'autres paroles, si sous celle-lĂ  un mensonge Ă©tait cachĂ© (PROUST, Prisonn., 1922, p. 19). Je n'ai pas eu le temps de vĂ©rifier si la place n'Ă©tait pas dĂ©jĂ  occupĂ©e par un autre. Alors, j'Ă©carquille les yeux, j'allonge le bras, je tĂąte par-ci, par-lĂ , mais prudemment, trop prudemment (BERNANOS, Crime, 1935, p. 822). Je n'arrive pas Ă  comprendre s'il n'a vraiment rien ou s'il se fout de nous (J. ECHENOZ, L'ÉquipĂ©e malaise, Paris, Ă©d. de Minuit, 1986, p. 118).
Rem. L'Ă©vocation d'un Ă©tat d'ignorance dans le passĂ© peut se faire de deux points de vue. Ou bien on tient compte de ce qui est advenu, de ce que l'on sait actuellement et l'on utilise que: À l'Ă©poque, j'ignorais qu'ils se connaissaient. Ou bien on se replace fictivement dans le prĂ©sent de l'Ă©poque, on en fait le rĂ©cit, et l'on utilise si: Comme j'ignorais si elle le connaissait,...
b) [Type: chercher Ă  savoir, se demander si (verbes se fixant la recherche d'une connaissance)] Nous avions un extrĂȘme dĂ©sir de savoir si les Russes ont quelque connaissance de ces diffĂ©rens pays (Voy. La PĂ©rouse, t. 3, 1797, p. 164). Les Barbares, afin d'Ă©prouver si leurs enfants seront vaillants un jour, ont coutume de les exposer aux flots sur un bouclier (CHATEAUBR., Martyrs, t. 2, 1810, p. 14). Il est restĂ© un moment debout pour voir si Jules se rĂ©veillait. Non, il est entrĂ© bien profond dans le sommeil (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 56). RiviĂšre Ă©coutait le son de la voix, pour connaĂźtre si la rĂ©ponse Ă©tait amĂšre: elle n'Ă©tait pas amĂšre (SAINT-EXUP., Vol nuit, 1931, p. 86). L'opinion publique se souciait (...) de distinguer si elle dĂ©daignait de parler par une profonde haine, ou si elle exĂ©cutait un vƓu incomprĂ©hensible, ou si la langue Ă©tait morte (JOUVE, ScĂšne capit., 1935, p. 144).
Rem. L'alternative si/que permet des effets de sens subtils. Ainsi va vérifier si tout est en place signifie l'ignorance du locuteur, tandis que va vérifier que tout est en place signifie une opération de contrÎle d'un dispositif connu.
c) [Type: hésiter, douter si] Longtemps j'ai pu douter si Proust ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail (GIDE, Journal, 1921, p. 694). Elle devait se prendre par la peau du cou pour y aller, empoisonnée à la pensée de « s'habiller », hésitant toujours au dernier instant si elle ne s'excuserait pas (MONTHERL., Pitié femmes, 1936, p. 1089).
d) [Type: l'avenir dira si] Poil de Carotte l'attendait avec inquiĂ©tude. — Je verrai, se dit-il, si j'aurai plus de succĂšs; si, oui ou non, il dĂ©plaĂźt maintenant Ă  mon pĂšre que je l'embrasse (RENARD, Poil Carotte, 1894, p. 127). L'histoire dira si je me trompe, mais j'ai bien le sentiment que (...) notre alliance avec la Russie a Ă©tĂ© renouvelĂ©e sans condition (MARTIN DU G., Thib., ÉtĂ© 14, 1936, p. 473).
e) [Type: dĂ©cider si (suppose que l'on ne sait pas encore si...)] [L'abbĂ© Blampois] dĂ©cidait si une femme devait ĂȘtre mĂšre, et si une mĂšre devait nourrir (GONCOURT, R. Mauperin, 1864, p. 71)
2. [Type: savoir si. AprĂšs une princ. affirmant un savoir positif, si p n'est possible que dans des conditions partic.]
— [L'Ă©nonciateur se dĂ©clare au courant d'une dĂ©cision, d'une option, mais se refuse Ă  dire ce qu'il sait] Je sais s'il a dĂ©cidĂ© de partir, mais je ne peux te le dire. « (...) S'il se trouve quelques femmes dans les barques, la voix dĂ©clarera le nom de leurs Ă©poux. Tu sais, cruel, si l'on pourra nommer le mien. » Je voulus combattre les superstitions de VellĂ©da (CHATEAUBR., Martyrs, t. 2, 1810, p. 98).
— [L'Ă©nonciateur utilise le prĂ©s. narratif] DĂšs qu'il entre, je sais s'il est en colĂšre.
— [La princ. est une interr.] Le bonhomme avait de la finesse, et trĂšs vite il sentit que son hĂŽte traversait une crise plus aiguĂ«. « Qui sait, songea-t-il, si ce n'est pas le dernier effort du Mauvais Esprit? (...) » (BARRÈS, Colline insp., 1913, p. 116). Qui sait si refuge, loin d'ĂȘtre la priĂšre, ne serait pas la folie? (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 8).
3. [Type: vous savez si j'y tiens, vous pensez s'il est peureux! Le locuteur en appelle au savoir d'un interlocuteur (rĂ©el ou fictif), mais ce savoir n'est pas spĂ©cifiĂ©; si peut alterner avec combien Ă  valeur intensive] Priez pour moi, vous savez si je prie pour vous, et de quel cƓur (LAMENNAIS, Lettres Cottu, 1819, p. 68). On sait si, de nos jours, les rivalitĂ©s de familles, les hostilitĂ©s commerciales, les ambitions de carriĂšre, les compĂ©titions d'honneurs sont imprĂ©gnĂ©es de passion politique (BENDA, Trahis. clercs, 1927, p. 19). Vous pensez si l'Ă©tat de notre ville a dĂ» l'allĂ©cher (MAURIAC, Myst. Frontenac, 1933, p. 16).
♩ Dieu sait (pourtant) si. Dieu sait pourtant si j'ai autre chose Ă  faire aujourd'hui, mais je vais tout de mĂȘme perdre le temps qu'il faudra et te sauver, petite peste (ANOUILH, Antig., 1946, p. 181).
♩ P. antiphr. Vous connaissez mes opinions dĂ©sespĂ©rĂ©es; vous savez si je vois la vie en beau (J.-J. AMPÈRE, Corresp., 1823, p. 239).
B. — [Type: demander si (verbe exprimant une demande d'inform.)] Le prince (...) lui demanda comment allaient les affaires de la Hongrie, ce qu'entreprenait le roi, s'il Ă©tait encore en paix avec les infidĂšles, ou si la guerre avait recommencĂ© (MONTALEMBERT, Ste Élisabeth, 1836, p. 6). Le soir oĂč je l'avais appris (...), j'envoyai, en vĂ©ritable fou, notre jeune valet de pied s'informer si cette dame emmĂšnerait Ă  Balbec sa camĂ©riste (PROUST, Sodome, 1922, p. 752).
C. — [Type: dire si. Comme dans savoir si ou demander si, dire si exprime le fait qu'un des protagonistes ignore la vĂ©ritĂ© de p] Tu ne m'as pas dit si tu venais; il ne m'a pas Ă©crit si tu as rĂ©ussi.
— [À l'impĂ©r., s'apparente Ă  une demande d'inform.] Quand tu me rĂ©pondras, chĂšre Olympe, dis-moi bien franchement comment elle va, si elle n'est pas trop triste (FLAUB., Corresp., 1849, p. 127).
D. — [Type: regarde si, tu vas voir si. Le locuteur interpelle son interlocuteur pour le contredire (si p est la reprise de ce qu'a dit ou de ce que pense l'interlocuteur)] [L'Empereur] le prenant rudement par la moustache, lui demanda s'il aurait bien le cƓur de tuer son Empereur. Le soldat, les yeux mouillĂ©s, mettant aussitĂŽt la baguette dans son fusil pour montrer qu'il n'Ă©tait pas chargĂ©, lui rĂ©pondit: « Tiens, regarde si j'aurais pu te faire beaucoup de mal (...) » (LAS CASES, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 2, 1823, p. 88). La TĂȘte : Trop tard, Auguste!... Auguste: Tu vas voir si c'est trop tard, Ondine! (GIRAUDOUX, Ondine, 1939, I, 1, p. 15).
IV. — [Si introd. une tournure interr. ou exclam.]
A. — [En tournure interr.]
1. [Si est proche de son usage hyp.]
a) [L'interr. exprime une demande, une invitation; elle est à l'imp. présentant la demande comme une éventualité dépendant de la volonté de l'interlocuteur]
) [À la 2e pers.] Si vous veniez dimanche? Si tu allais fermer la fenĂȘtre?
) [Si tu voulais + inf., forme polie prĂ©sentant la demande comme relevant de la dĂ©cision de l'interlocuteur] — Si tu consentais Ă  m'expliquer... — Dans un quart d'heure, tu comprendras (DUHAMEL, Nuit St-Jean, 1935, p. 18). Oh! cher monsieur, si seulement vous vouliez bien ne pas user de mots si crus. C'est... c'est choquant (SARTRE, Huis clos, 1944, 5, p. 127).
— [À la 3e pers.] Si monsieur voulait bien descendre. La cîte est un peu dure pour le cheval (GIDE, Isabelle, 1911, p. 604).
) [Avec nous ou on, associant le demandeur et son interlocuteur, crĂ©ant une connivence] Si on redemandait un Pommard. — Si on finissait la soirĂ©e au thĂ©Ăątre? propose Maurice. Lecouvreur secoue la tĂȘte (DABIT, HĂŽtel Nord, 1929, p. 20).
b) [L'interr. n'implique pas un interlocuteur; elle est à l'imp. exprimant l'éventuel] Et si on venait? Et si je me trompais. Et si j'avais gagné? Suzanne: Mais si l'on nous surprenait? Germain: Il n'y a pas de danger (BARRIÈRE, CAPENDU, Faux bonsh., 1856, I, 1, p. 2).
c) [Type: qu'est-ce que tu dirais si...? forme indir. de est-ce que je peux...?] — Ça ne fait rien si je fais tourner le compteur? — Ça ne fait rien (P. MODIANO, Rue des Boutiques Obscures, 1982 [1978], p. 32).
2. [Si est proche de son usage en interr. indir.]
a) [Comme morph. interr., commutable avec est-ce (que), si n'est att. que dans le cas d'une seconde question, coord. par ou] Eh bien! Grange, qu'est-ce que je fais aujourd'hui? Est-ce que je continue à épierrer le champ aux SardiÚres? Ou si je vais à Sagne-Rouge semer l'avoine? Il s'en ferait temps... Maintenant, moi je dis ça... ici ou là ça m'est égal, vous n'avez qu'à dire, mais dites-le (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 129). Voulez-vous que je vous la porte [votre soupe]? Ou si vous voulez vous lever? (ARAGON, La Semaine Sainte, 1958, p. 212).
b) [À la 1re pers., si p? est la rĂ©ponse d'une question de l'interlocuteur (« tu me demandes si...? »)] Clotilde: Vous le connaissez? Le plombier: Si je le connais? C'est un monsieur capable, vous savez. C'est lui qui a construit la maison d'ici (Tr. BERNARD, M. Codomat, 1907, I, 2, p. 140).
B. — [En tournure exclam.]
1. [Si est proche de son usage hyp.]
a) [L'exclam. est au prés.]
) [Type: si on ne peut plus parler, maintenant! Sert Ă  protester face Ă  une objection, une contestation] Ah! bien, murmura-t-il, si vous vous arrĂȘtez Ă  ces histoires! (ZOLA, ConquĂȘte Plassans, 1874, p. 1049). Une clameur indignĂ©e, unanime, retentit (...). — Si on ne peut plus s'amuser maintenant, dit un monsieur trĂšs convenable (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 16).
) Du diable si. [Formule d'agacement] Du diable si j'y comprends qqc., si je sais oĂč il est. La petite a dĂ» avoir Ă  lutter ferme... Il faut qu'elle y tienne bien! Du diable, par exemple, si je devine pourquoi! (MARTIN DU G., J. Barois, 1913, p. 472). J'avais composĂ© un sonnet, de quatorze vers (...). Du diable si je me le rappelle encore! (ROMAINS, Knock, 1923, I, p. 3).
— [Atteste la vĂ©ritĂ© d'une affirm.] Je suis tombĂ© plus de mille fois chez AdĂšle, Ă  n'importe quelle heure du jour; du diable, si, au grand jamais, elle a mis plus de six secondes Ă  venir ouvrir la porte! (COURTELINE, Boubouroche, 1893, I, 3, p. 44).
b) [L'exclam. est à l'imp. exprimant l'irréel]
) [Exprime un souhait qu'on sait irréalisé ou quasiment irréalisable] Si seulement il pouvait se taire! Si tu disais vrai! Un matin, elle ne l'entend plus. Il est parti. Ah! si c'était pour toujours! Le soir, il est revenu (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 317).
♩ Si ce n'Ă©tait que, s'il n'y avait que. [Laisse entendre qu'il y a pire] — Monsieur Morice, est-ce que la lumiĂšre vous gĂȘne? Alors lui, Ă©clatant: — Ah! si ce n'Ă©tait que la lumiĂšre! Mais, c'est le paysage, monsieur Mirbeau, le paysage tout entier! (GIDE, Journal, 1910, p. 289). — Qu'est-ce qui ne va pas? La santĂ©? Joseph a fait un geste vague et lĂ©gĂšrement dramatique: — Oh! si ce n'Ă©tait que la santĂ©! (DUHAMEL, MaĂźtres, 1937, p. 10).
♩ Si seulement. [PrivilĂ©gie un souhait] — (...) On ne pourra pas la payer. — Je vais aller parler Ă  Trarieux dĂšs demain, dit Henri. — Si seulement on pouvait gagner encore un mois ou deux: on est presque Ă  flot (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 234).
— [Au p.-q.-parf., quand la situation est placĂ©e dans le passĂ©] On disait avec pitiĂ©: Cette bonne Mme Dargent! Je me taisais, je passais... Ah! si on avait su! Ils n'avaient de ton Ɠuvre que le reflet, mais ils l'auraient vu en moi resplendir et se consumer! (BERNANOS, Mme Dargent, 1922, p. 10).
♩ Si seulement. [PrivilĂ©gie un regret] Qui aurait pensĂ© ça hier au soir, alors que nous Ă©tions Ă  bavarder gentiment tous les trois?... Si seulement vous m'aviez dit que c'Ă©tait la fille de Marthe... Nous sommes allĂ©es Ă  l'Ă©cole ensemble (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 99).
) [SuggĂšre les rĂ©actions ou les sentiments du locuteur face Ă  une situation] Si je ne me retenais pas! Si ces voyageurs qui ne s'intĂ©ressent qu'Ă  leurs plaisirs ou Ă  leurs affaires se doutaient oĂč, moi, je vais! (HUYSMANS, En route, t. 2, 1895, p. 8).
— [Au p.-q.-parf., quand la situation est placĂ©e dans le passĂ©] [Elle Ă©tait] fagotĂ©e! Une jupe de cycliste, des mocassins jaunes aux mollets, si vous aviez vu! (VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 140).
) [Type: si je m'attendais! Marque la surprise] — Ah! saperlotte, ah! c'est toi, balbutiait Quenu, si je m'attendais, par exemple!... Je t'ai cru mort (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 638).
) [Type: si je vous disais que. Annonce le caractĂšre extraordinaire de ce qui va ĂȘtre dit] Si je vous disais, mon cher, que depuis vingt-six ans de mĂ©nage, je n'ai jamais eu avec elle la moindre scĂšne, pas la plus petite altercation (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1117).
2. [Si est proche de son usage en interr. indir., l'exclam. est au prés.]
a) [Si commute avec est-ce que, le tour exprime le plus souvent la désapprobation ou le regret]
— [L'Ă©noncĂ© est positif] Ah ben! vous v'lĂ  beau! Si c'est Dieu permis de s'met' dans des Ă©tats pareils! (GIDE, Isabelle, 1911, p. 610). Si c'est des façons! Une petite de quinze ans! (GIONO, Baumugnes, 1929, p. 15).
— [L'Ă©noncĂ© est nĂ©g.] Si c'est pas dommage! Si c'est pas malheureux! Longuement, pitoyablement, il avait haussĂ© les Ă©paules: — Si ce n'est pas une calamitĂ©! (COURTELINE, Ronds-de-cuir, 1893, p. 23).
♩ [Exprime simplement l'Ă©vidence] Si c'est pas beau! Claude se mit Ă  rire, en entendant cette musique. Il dit Ă  son compagnon: — Si l'on ne jurerait pas que tous les amoureux de Paris s'embrassent lĂ  dedans! (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 870). Il a inventĂ© de m'appeler: Olive [l'Ă©nonciateur s'appelle Olivier] Dis, si ce n'est pas charmant? (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1103).
b) [Type: si je le sais! Le locuteur confirme une Ă©vidence; le tour signifie « je suis particuliĂšrement bien placĂ© pour le savoir »] Madame de Terville: (...) mais vous savez comme on se laisse entraĂźner. Edmond: Si je le sais! (LECLERCQ, Prov. dram., Espr. dĂ©sordre, 1835, 13, p. 272). Vous connaissez la violence de ses sympathies et de ses antipathies (...) — Si je la connais! dit amĂšrement la baronne (FEUILLET, J. de TrĂ©cƓur, 1872, p. 18). — (...) Vous ne vous souvenez pas, un jour, je vous ai jouĂ© un tour... Vous ĂȘtes tombĂ© en arriĂšre dans une auto Ă©lectrique... — Ah, s'Ă©cria joyeusement Pradonet, si je m'en souviens! Vous m'avez eu ce jour-lĂ  (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 212).
V. — Empl. subst. masc. plur.
A. — Suppositions, hypothùses. Avec des si on mettrait Paris en bouteille.
B. — Arguties. Chercher des si et des mais. V. mais1 III ex. de MĂ©rimĂ©e, peut-ĂȘtre B 1 ex. de Bernanos.
Prononc. et Orth.: [si]. Dans s'il, s'ils, si se rĂ©duit Ă  la cons. Ds CÉLINE, Mort Ă  crĂ©dit, 1936, p. 192 (entre autres), ex. de non Ă©lision, si il (c'est le personnage qui parle). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Introd. une prop. hyp. A. l'hyp. conditionne un procĂšs dont la rĂ©alisation est probable dans le prĂ©sent ou l'avenir, ou qui est simplement visĂ© dans un avenir proche ou lointain 1. la sub. est Ă  l'ind. a) 842 Ă  l'ind. prĂ©s.; la rĂ©gissante, au fut.; antĂ©rioritĂ© logique de l'hyp. par rapport Ă  la consĂ©quence qui en est tirĂ©e (Serments de Strasbourg ds HENRY Chrestomathie, p. 2, 19-22: Si Lodhuuigs sagrament que son fradre Karlo iurat conseruat, et Karlus meos sendra, de suo part non lo209s tanit, si io returnar non l'int pois [...], contra Lodhuuuig nun li iu er [pour le mode et le temps de tanit, v. ibid., notes, p. 9, 20; R.-L. WAGNER, Phrases hyp., Paris, 1939, p. 93; G. DE POERCK ds Vox rom. t. 15 1956, pp. 211-214]); fin Xe s. (Passion, Ă©d. D'Arco Silvio Avalle, 461 : Si alcuns d'els beven veren, Non aura mal); ca 1100 se (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 87; 615); b) ca 1050 la rĂ©gissante est Ă©galement Ă  l'ind. prĂ©s. (St Alexis, Ă©d. Chr. Storey, 60: S'or ne m'en fui, mult criem que ne t'em perde; 100); ca 1100 si; se (Roland, 316; 987); c) id. la rĂ©gissante est Ă  l'impĂ©r. (ibid., 273: N'en parlez mais, se jo nel vos cumant); d) id. la rĂ©gissante est au subj. prĂ©s. de volition (ibid., 3897: Tut seie fel, se jo mie l'otrei!); e) ca 1225 la sub. et la rĂ©gissante sont au fut. [surtout en agn., MOIGNET 1973, p. 243] (Auberon, Ă©d. J. Subrenat, 947); 2. aprĂšs une rĂ©gissante nĂ©g., l'hyp. nĂ©g. ell. du verbe, exprime une notion d'exception, de restriction: si ... non ca 1100 (Roland, v. non I C), v. aussi sinon. B. L'hyp. conditionne un procĂšs prĂ©sentĂ© comme Ă©ventuel 1. a) la sub. est Ă  l'imp. de l'ind. ) 937-52 la rĂ©gissante est Ă  la forme en -roie (fut. hyp.); le rapport des temps marque l'antĂ©rioritĂ© logique de l'hyp. (Jonas, Ă©d. G. de Poerck, 182: por icel edre es mult iret [...] in qua non laborasti neque fecisti ut cresceret [...] e jo ne dolreie de tanta milia hominum si perdut erent? [cf. Jonas IV, 10-11] v. R.-L. WAGNER, op. cit., p. 41 et p. 303); ca 1130 (Gormont et Isembart, Ă©d. A. Bayot, 305; 427); ca 1135 (Couronnement de Louis, Ă©d. Y. G. Lepage, rĂ©d. AB, 585); ) ca 1130 la rĂ©gissante est Ă  l'ind. prĂ©s., le fait est prĂ©sentĂ© comme indubitable (Gormont et Isembart, 215: Se tu esteies ore occis, Dunc n'ai jeo mais suz ciel ami); b) ca 1100 la sub. est au subj. imp.; la rĂ©gissante Ă  la forme en -roie surtout dans les textes agn. (Roland, 1804 : Se veĂŻssum Rollant einz qu'il fust mort, Ensembl'od lui i durriums granz colps); ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, Ă©d. J. Rychner, Equitan, 96); 2. la sub. et la rĂ©gissante sont Ă  l'imp. du subj.: expr. de l'attĂ©nuation dĂ©fĂ©rente dans l'Ă©poque prĂ©sente ou future du locuteur ca 1050 (St Alexis, 202: Se tei ploĂŒst, ci ne volisse estra; v. R.-L. WAGNER, [i]op. cit., p. 36); ca 1135 (Couronnement de Louis, rĂ©d. AB, 1549: se j'osasse perler, Ge demandasse). C. L'hyp. est prĂ©sentĂ©e comme non Ă©ventuelle, sans perspective d'avenir 1. irrĂ©el du passĂ© a) la sub. est Ă  l'imp. du subj. ) ca 1050 la rĂ©gissante, de mĂȘme; set (St Alexis, 448 : Set a mei sole vels une feiz parlasses, Ta lasse medre, si la [re]confortasses); id. se (ibid., 486); ca 1100 (Roland, 1717); ) ca 1050 la rĂ©gissante est au p.-q.-parf. du subj. (St Alexis, 490: Si me leĂŒst, si t'oĂŒsse guardĂ©t); ca 1100 (Roland, 1728); b) la sub. est au p.-q.-parf. du subj. ) ca 1150 la rĂ©gissante est Ă  l'imp. du subj. (ThĂšbes, Ă©d. G. Raynaud de Lage, 775: S'il eĂŒssent jurĂ© lor mort, Ne se combatissent plus fort); ca 1180 (MARIE DE FRANCE, Fables, Ă©d. K. Warnke, III, 36); ) ca 1160 la rĂ©gissante est au p.-q.-parf. du subj. (Eneas, Ă©d. J. J. Salverda de Grave, 6941: Se ne vos eĂŒsse atendu, Contr'els fusson la fors issu, Ja n'eusson ocis treis cenz); 1160-74 (WACE, Rou, Ă©d. A. J. Holden, III, 7047); c) la sub. est au p.-q.-parf. de l'ind. ) 1160-74 la rĂ©gissante est Ă  la forme en -roie comp.; la consĂ©quence, comme l'hyp. se rĂ©fĂšre au passĂ© (ID., ibid., 5488: Mult lor sereit mesavenu S'il aveient le rei perdu; v. le comment. de R.-L. WAGNER, op. cit., p. 245); ca 1200 (Aiol, Ă©d. J. Normand et G. Raynaud, 2592: S'ele avoit son coutel grant acherĂ©, Son ronchi li aroit ja escouĂ©), cf. R.-L. WAGNER, op. cit., p. 454; acherĂ© Ă©lĂ©m. verbal ou adj.?; dĂ©b. XIVe s. (Anc. Coutumier de Picardie, Ă©d. J. Marnier, p. 130, ibid., p. 246); ) 1176-81 la rĂ©gissante est Ă  la forme en -roie simple, la consĂ©quence Ă©tant contemp. du locuteur (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier au lion, Ă©d. M. Roques, 3532: Se ele an et alee fors, Ne seroit pas en tel martire); 2. irrĂ©el du prĂ©s. a) ca 1100 la sub. et la rĂ©gissante sont Ă  l'imp. du subj. (Roland, 1769: Jo oi le corn Rollant! Unc nel sunast, se ne fust cumbatant; 3764); b) 1176 le verbe de la sub. est Ă  l'imp. de l'ind.; celui de la rĂ©gissante, Ă  la forme en -roie (CHRÉTIEN DE TROYES, CligĂšs, Ă©d. A. Micha, 509: Donc porroie molt petit Se de moi puissance n'avoie!). D. Introd. une formule de souhait; mode subj. ca 1150 se + suj. + verbe (Charroi de NĂźmes, Ă©d. D. McMillan, 382: se Dex m'aĂŻst [cf. ibid., 582: si m'aĂŻst Diex, v. si3 2]); ca 1135 (Couronnement de Louis, rĂ©d. AB, 168: se Dex me beneĂŻe!), empl. Ă©quivoque oĂč se, bien qu'Ă©tant Ă  l'orig. Ă  identifier avec si adv. en tĂȘte d'une prop. en parataxe, se rapproche de la conj. hyp. au point d'avoir pu ĂȘtre confondu avec elle, v. MOIGNET 1973, p. 340 et ID. ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 15, 1, pp. 272-273. E. Introd. une formule de regret [souhait accompagnĂ© d'une expr. d'insatisfaction; v. MÉNARD Synt. 1973, § 267c, rem.]; imp. du subj. 1174-77 (Renart, Ă©d. M. Roques, 4468: Renart, [...] Voirement estes mes comperes, Se vos ne feĂŒsiez si lierres). F. Empl. subst. ) ca 1274 « restriction, condition restrictive » par un si que... (ADENET LE ROI, Berte, Ă©d. A. Henry, 1700); fin XIIIe s. par nul si (Chastelain de Couci, Ă©d. J. E. Matzke et M. Delbouille, 485); ) 1546 des si et des mais « des objections » (RABELAIS, Tiers Livre, X, Ă©d. M. A. Screech, p. 80, 11); ) 1718 « hypothĂšse, supposition » (Ac.: avec un si on mettroit Paris dans une bouteille). II. La prop. introd. par si n'a pas valeur hyp. A. si introd. une concess., une adversative 1. 2e moit. Xe s. valeur concess. « bien que, malgrĂ© que » mode ind. sed (St LĂ©ger, Ă©d. J. Linskill, 169: Sed il non ad lingu'a parlier [Lethgiers], Deus exaudis lis sos pensaez; 171; 173); 2. ca 1100 valeur adversative, d'oppos.; mode ind. (Roland, 1913: Se fuĂŻt s'en est Marsilies, RemĂ©s i est sis uncles; 2905); ca 1150 (Charroi de NĂźmes, 1336; 1345); 3. ca 1170 marque Ă  la fois condition et oppos. « mĂȘme si » a) mode ind. (MARIE DE FRANCE, Lais, Yonec, 123: Gentil oisel ad en ostur! Se li segred vus sunt oscur, Gardez ke seiez a seĂŒr!); b) ca 1176-81 mode subj. (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier au lion, 552: Le chevalier siudre n'osai [...] Et, se je bien siudre l'osasse, Ne sai ge que il se devint). B. Introd. une interr.; mode ind. 1. fin Xe s. interr. indir. (Passion, 180: Si conjuret [...] Que209llor dissest per pura fied Si vers Jesus, fils Deu, est il); ca 1050 (St Alexis, 128: Set il fut graim, ne l'estot demander); spĂ©c. a) ca 1150 avec ell. du verbe d'interr. (WACE, St Nicolas, Ă©d. E. Ronsjö, 1405: Li reis [...] I envĂ«ad [...] Un prodome, par espison, Si a); b) 1673 transformĂ©e en interr. dir. reprenant la question ant., p. ell. du verbe d'interr. (MOLIÈRE, Malade imaginaire, I, 5: Vous avez donc guĂ©ri de ces maux quelquefois? — Moi? si j'en ai guĂ©ri...! ah! vraiment je le crois); 2. ca 1170 interr. dir. [en l'absence de verbe princ. de sens interr.] (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, Ă©d. M. Roques, 1110: Dame, fet il, s'il vos remanbre del nain qui hier vos correça...?); XIIIe s. ou se introd. le second membre d'une double interr. « ou est-ce que » (Isopet de Lyon, 1702 ds T.-L., 287, 46: ,,dis nous`` font il ,,es tu trovee Ceste robe? ou se l'as amblee?``). C. Introd. une sub. Ă  valeur complĂ©t.; mode ind. 1160-74 (WACE, Rou, II, 3733: Ne por ceu s'il est gemble nel doiz mie aviler); 1176-81 (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier au lion, 110). D. 1505 introd. une prop. exprimant la consĂ©quence d'un fait exprimĂ© dans la prop. prĂ©cĂ©dente; mode ind. si ... ce + verbe; si ... c'est (GRINGORE, Folles Entreprinses, I, 15 ds HUG.). Si, relevĂ© dans les plus anc. textes (Serments, Jonas, St LĂ©ger) ainsi qu'en agn. et dans les dial. de l'ouest dep. St Alexis (= si type I; FEW t. 11, p. 561a, I 1), est issu du lat. si (anc. sei; mĂȘme mot que si + particule dĂ©ictique -c [e] = sic, v. si2; au sens le plus anc. « en ce cas, ainsi » sans valeur subordonnante, sens perceptible dans des phrases du type Quiesce, si sapis (PLAUTE, Mostellaria, 1173; cf. ID., Captivi, 632), particule introd. une prop. cond. « si, quand, toutes les fois que », supposition rĂ©elle [mode ind.], potentielle ou irrĂ©elle [mode subj.]; une cond. Ă  valeur concess. [subj.] « mĂȘme si, quand bien mĂȘme », du type si Bona Fortuna veniat, ne intromiseris, PLAUTE, Aulularia, 100; une complĂ©t. aprĂšs des verbes exprimant un sentiment [ind.] (dolere, gaudere, cognoscere, ferre si), l'Ă©tonnement [id.] (mirari [PLAUTE, Captivi, 545] mirum est, haud mirum si), l'effort [subj.] (conari [CÉSAR, B. G., 1, 8, 4]), l'attente [id.] (exspectare [ID., ibid., 2, 9, 1]); une interr. indir. [ind.] (scire, quaerere, videre... si); de lĂ , Ă  basse Ă©poque, p. ell. d'un verbe d'interr., introd. une interr. dir. (dĂ©b. IIIe s., TERTULLIEN, BLAISE Lat. chrĂ©t., v. aussi Lat. Gramm. 1964, p. 464, § 249). L'empl. de si [+ subj.], notamment en poĂ©sie, pour exprimer un souhait, semble ĂȘtre une survivance de son empl. sans valeur subordonnante « en ce cas » (VIRGILE, En., VI, 187-188), cf. sic introd. une optative, cf. si2. Voir ERN.-MEILLET; ERN.-TH., § 258, 321, 348, 379. La forme a. fr. se [FEW t. 11, p. 561a I 2 a] relevĂ©e dep. St Alexis (oĂč elle coexiste avec si), domine, Ă  l'exception de l'ouest, dans tout le domaine gallo-rom.; elle est issue de la forme b. lat. se relevĂ©e dans la moit. nord de la Gaule (ca 576 [ms. VIIe s.] GRÉG. DE TOURS, Hist. Franc., III, XV, Ă©d. H. Omont, t. 1, p. 89, 46; dĂ©b. VIIe s. [ms. dĂ©b. VIIIe s.] Form. andecav., § 23, Ă©d. K. Zeumer, p. 12, 1: tamquam se) due soit Ă  un affaiblissement de si, d'usage trĂšs frĂ©q. (FEW t. 11, p. 563, note 15), soit Ă  l'infl. de quid (MEYER-L. t. 1, § 613; cf. la forme a. fr. sed, set [St LĂ©ger, St Alexis, supra] peut-ĂȘtre p. anal. avec la conj. a. fr. qued, qet [Ste Eulalie, Jonas, St Alexis] reprĂ©sentant le lat. quid, v. que1. À partir du 2e quart du XIIIe s., apparaissent peu Ă  peu dans l'aire de se du domaine d'oĂŻl, des formes si (cf. 1233, Metz ds GDF.), qui progressivement Ă©vincent le type se devenu rare (cf. ESTIENNE, Precellence, p. 313 ds HUG.). L'orig. de ce si [= si type II] propre au nord du domaine gallo-rom. est discutĂ©e. FEW t. 11, p. 562a et b soutient l'hyp. selon laquelle il serait issu de se il (> s'il > si) prĂ©cĂ©dant une cons. (cf. ca 1180, MARIE DE FRANCE, Fables ds HENRY Chrestomathie, p. 161, 14: s'i vus plet; 1re moit. XIVe s., Passion, ibid., p. 9, 19: s'i muert; cf. Ă©d. Gr. Frank, 873). Dans cette hyp., dans le domaine de l'ouest, si type I se serait confondu avec si type II. Bbg. ANTOINE (G.). La Coordination en fr. Paris, 1962, t. 2, pp. 945-1010. — BLUMENTHAL (P.). Über « gemĂŒtliches si » in mittelalterlichen ErzĂ€hlungen. MĂ©l. Meier (H.). Bonn, 1980, pp. 55-67. — BORILLO (A.). Rem. sur l'interr. indir. en fr. In: MĂ©th. en gramm. fr. Paris, 1976, pp. 15-39. — BRUCKER (Ch.). L'Adv. si, ses coordonnĂ©es et ses fonctions textuelles dans un ms. de moy. français... MĂ©l. NaĂŻs (H.). Verbum 1985, pp. 21-34. — CARON (J.). Essai d'analyse sĂ©m. exp.: la conj. si. Ling. SĂ©miol. 1977, n ° 4, pp. 101-121. — CORNULIER (B. de). Effets de sens. Paris, 1985, pp. 183-192. — CULIOLI (A.). À propos des Ă©noncĂ©s exclam. Lang. fr. 1974, n ° 22, pp. 6-15. — CUQ (J.-P.). ÉlĂ©m. d'analyse pragmatique de l'expr. de l'hyp. en fr. mod. Inform. gramm. 1985, n ° 26, pp. 36-40. — DAMOURETTE (J.). Fr. mod. 1941, t. 9, pp. 72-77. — DARDEL (R. de). La Forme de la conj. lat. si en rom. Z. rom. Philol. 1978, t. 94, pp. 257-265. — DELAVEAU (A.). Questions sur l'analyse de si. LINX 1980, t. 1, n ° 2, pp. 7-34. — DUCROT (O.). Dire, et ne pas dire. Paris, 1972, pp. 167-190; Les Échelles argumentatives. Paris, 1980, pp. 47-68. — GAMA (N. V. de). La PolysĂ©m. et la polyfonctionnalitĂ© du fr. si. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1979, t. 17, n ° 1, pp. 27-85. — HENRY (A.). Les Prop. introd. par si en fonction d'indĂ©p. Romanica Gandensia. 1956, t. 4, pp. 219-250. — IMBS (P.). L'Empl. des temps verbaux en fr. mod. 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Inform. gramm. 1981, n ° 10, pp. 3-11; n ° 11, pp. 7-10; Les Si conj. et la lexigenĂšse de si. Neuphilol. Mitt. 1982, t. 83, pp. 313-328; Si P hyp. Inform. gramm. 1982, n ° 13, pp. 10-12; Les Verbes introducteurs de si interr. ind. et la descr. lexicogr. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1983, t. 21, n ° 1, pp. 171-214.
II.
⇒SI2, adv.
I. — [MorphĂšme de compar. exprimant un rapport d'Ă©galitĂ© ou le degrĂ© d'intensitĂ©]
A. — [Dans une phrase positive]
1. [Exprime le haut degré d'intensité; la commutation avec aussi est exclue] Synon. tellement.
a) [FrĂ©q. dans une phrase exclam., en partic. introd. par un prĂ©sentatif] C'est si bon de sentir qqn prĂšs de soi. Henri lui sourit: — Écoute, il est tard et nous sommes tous les deux un peu crevĂ©s. Mais sortons ensemble un de ces soirs, et tĂąchons d'avoir une vraie conversation; il y a si longtemps que ça ne nous est pas arrivĂ©! (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 469).
b) [Dans une phrase complexe] Cette fraternitĂ© mystĂ©rieuse, au long de ma vie si peu gaie, Ă  certaines heures si bouleversĂ©e, m'a exaltĂ©e et soutenue (MONTHERL., J. filles, 1936, p. 922). Les touristes (...) s'arrĂȘtent devant la charmante Ă©glise de la place de Joinville, si florentine de ton (FARGUE, PiĂ©ton Paris, 1939, p. 21).
— [L'Ă©lĂ©m. modifiĂ© par si est opposĂ© Ă  un autre Ă©lĂ©m.] Ses yeux, si clairs d'habitude, Ă©taient devenus foncĂ©s de colĂšre (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 586):
‱ 1. L'idĂ©e de lever les yeux sur elle Ă©tait un trait d'audace. À la voir si calme, quand je ne l'Ă©tais plus, Ă  la trouver si parfaitement jolie, tandis que j'avais tant de motifs pour me dĂ©plaire avec ma tenue de collĂšge (...), j'Ă©prouvais je ne sais quel sentiment subalterne, comprimĂ©, humiliant...
FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 85.
— [La prop. modifiĂ©e par si a une valeur causale ou justificative] Mais il se pourrait bien qu'elle l'ignorĂąt encore; elle est si naturelle avec lui (GIDE, Journal, 1905, p. 151). Et puis vous savez, je les sentais si nerveux, si pressĂ©s... Ils m'auraient peut-ĂȘtre envoyĂ© promener (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 19). Il me semble que j'allais mourir, si dur fut le dĂ©chirement (GREEN, Mille chemins ouverts, p. 230 ds GREV. 1980, § 2649, p. 1350).
Rem. Si adv. d'intensitĂ© modifie un adj. ou un adv. (ou bien un part.); il est exceptionnel avec un verbe ou un syntagme prĂ©p.: Comment se peut-il que je sois un ĂȘtre si sensible et si vulnĂ©rable, et Ă  la fois si Ă  l'abri des assauts des importuns, si possĂ©dant son bonheur et sa tranquillitĂ© (PONGE, Parti pris, 1942, p. 30).
2. Rare. [Exprime un rapport de compar. (implique une prop. sous-entendue du type... que je le constate, ... que cela vient de se passer); la commutation avec aussi est possible] Je ne puis Ă©tudier sĂ©rieusement [le piano], tant que mon poignet reste si douloureux et si raide (GIDE, Journal, 1914, p. 418). Il songea brusquement Ă  Jenny, et s'Ă©tonna de l'avoir, depuis une heure, si facilement, si totalement oubliĂ©e (MARTIN DU G., Thib., ÉtĂ© 14, 1936, p. 638).
— [L'Ă©lĂ©m. de rĂ©f. est ce qui a Ă©tĂ© dit prĂ©cĂ©demment] Au sortir d'une crise si violente, aprĂšs un si grand bouleversement et une tension si prolongĂ©e des esprits, la littĂ©rature s'est faite bien diffĂ©rente de ce qu'elle fut (VALÉRY, VariĂ©tĂ© IV, 1938, p. 11):
‱ 2. EmportĂ©s par leur existence torrentueuse ils [les hommes d'argent] ne sont ni Ă©poux, ni pĂšres, ni amants (...). À de si terribles dĂ©penses de forces intellectuelles, Ă  des contractions morales si multipliĂ©es, ils opposent non pas le plaisir, il est trop pĂąle et ne produit aucun contraste, mais la dĂ©bauche...
BALZAC, Fille yeux d'or, 1835, p. 331.
B. — [Dans une phrase nĂ©g., exprime la compar. d'Ă©galitĂ©, en concurrence avec aussi]
1. Rare, vieilli. [La prop. nie un rapport d'Ă©galitĂ©] Les faits ne sont pas si complaisants que les idĂ©es (DELÉCLUZE, Journal, 1827, p. 418). Trois grands aigles volaient Ă  moitiĂ© hauteur du rocher et ne paraissaient pas si gros que des corbeaux (FROMENTIN, ÉtĂ© Sahara, 1857, p. 61).
2. [La prop. nie un degré d'intensité élevé]
— [La prop. est suivie d'une sub. en que exprimant une opinion, un jugement] Ça n'est pas si facile que tu crois, que l'on croirait; je ne suis pas si entĂȘtĂ© que j'en ai l'air, qu'on le prĂ©tend. Mon dieu! Ils ne sont pas si coupables qu'ils le pensent (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 42). Inutile de vous inquiĂ©ter pour Anthelme: l'Ă©vĂ©nement n'est pas si proche que je l'aurais cru, le mĂ©decin n'attend rien avant la semaine prochaine (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1372).
— [La prop. est suivie de que ça, que cela] Le mĂ©tier de commerçant n'est pas si rose que ça (DABIT, HĂŽtel Nord, 1929, p. 29). Le canal s'Ă©tire le long de la voie, MoĂ»lu dit: « Finalement, c'est pas si dĂ©truit que ça. » (SARTRE, Mort ds Ăąme, 1949, p. 277).
♩ Si peu que ce soit. Le gamin accourt, les yeux dĂ©jĂ  brillants du plaisir qu'il aura de faire quelque chose d'imprĂ©vu — si peu que ce soit (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 97).
— [La prop. n'est pas suivie d'un terme de rĂ©f. en que, mais sous-entend une telle prop.: jamais je n'ai Ă©tĂ© si heureux (que je ne le suis en ce moment); l'idĂ©e n'est pas si mauvaise (qu'on aurait pu le croire au premier abord, qu'on le disait, etc.)] Jamais, de sa vie, il n'avait Ă©prouvĂ© de si captivantes fĂ©licitĂ©s (BALZAC, Langeais, 1834, p. 347). Elle est pas si mal la mignonne (CÉLINE, Mort Ă  crĂ©dit, 1936, p. 15). Jamais je n'ai tant et si utilement mĂ©ditĂ© (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 136).
3. En partic. [Dans des tours exceptifs] Les ministres ne sont que des gens d'affaires, et ne sont si importants que parce que la terre du gentilhomme leur maßtre est trÚs considérable (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p. 77). Elle ne l'embrassait si farouchement que pour avoir des raisons de se taire (NIZAN, Conspir., 1938, p. 156).
4. [Type: je ne suis pas si bĂȘte! Justifie ce qui a Ă©tĂ© dit: « Je ne suis pas bĂȘte au point de »] Bien entendu, je ne vous demande pas de l'Ă©pouser; je ne suis pas si bĂȘte (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 64).
C. — [Dans une interr. ou une hypothĂ©tique, avec une prop. de compar. sous-entendue: oĂč cours-tu si vite? (que je te vois courir); est-ce si terrible? (que tu le pensais); Ă©tais-je si malheureux, alors? (que je le croyais)] Comment avons-nous pu nous tourmenter les uns les autres et nous rendre si malheureux? (DUHAMEL, MaĂźtres, 1937, p. 8):
‱ 3. ThĂ©rĂšse s'interroge: « Étais-je si heureuse? Étais-je si candide? Tout ce qui prĂ©cĂšde mon mariage prend dans mon souvenir cet aspect de puretĂ© (...) ».
MAURIAC., Th. Desqueyroux, 1927, p. 183.
— [La question se termine par que ça, que cela] Tu as si faim que ça? Si elle est si mauvaise que ça tu dois ĂȘtre content d'ĂȘtre dĂ©barrassĂ© (GIONO, Regain, 1930, p. 213). — Vous ĂȘtes si curieux que ça? Alors, lisez-le dans les journaux, comme vous me disiez ce matin (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 222).
II. — [Si dans la prop. princ. Ă©tablit une corrĂ©l. avec une sub.]
A. — [Si annonce une sub. de consĂ©q.: il y a une rel. de cause Ă  effet entre le niveau d'intensitĂ© qu'exprime si et le procĂšs de la sub.]
1. [La princ. est positive, la sub. introd. par que est Ă  l'ind.]
a) [Si porte sur un adj. qualificatif, un part. passĂ© empl. comme adj. exprimant un Ă©tat] C'est si Ă©vident qu'il est inutile d'insister; il est si fatiguĂ© qu'il devra s'arrĂȘter. [Mouchette] possĂšde (...) une voix charmante, un filet de voix plutĂŽt, si fragile qu'on croit toujours qu'il va se briser (BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1266). La coupure du rocher au-dessus de nos tĂȘtes jointes Ă©tait si Ă©troite, et le ciel qui s'y enchĂąssait si lointain et si calme, que les variations du jour (...) ne parvenaient plus jusqu'Ă  nous (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 160).
b) [Si porte sur un adv.] Il dormait si profondĂ©ment que...; il s'est si souvent trompĂ© que... DorothĂ©e est si prodigieusement coquette que le plaisir d'ĂȘtre admirĂ©e l'emporte chez elle sur l'orgueil de l'affranchie (BAUDEL., PoĂšmes prose, 1867, p. 117). Puis il m'a serrĂ© la main qu'il a gardĂ©e si longtemps que je ne savais trop comment la retirer (CAMUS, Étranger, 1942, p. 1126).
♩ Si bien, loc. adv. De maniĂšre si satisfaisante ou si complĂšte que, Ă  tel point que... Le mal se cache si bien, le secret est si universellement gardĂ©, que chacun est ici la dupe de tous (BERGSON, Deux sources, 1932, p. 4). [Élie Ă©tait] tellement perdu dans ses paperasses, et si bien reconnu pour « un peu original », qu'il Ă©tait considĂ©rĂ© comme incapable de se gouverner seul (MONTHERL., CĂ©libataires, 1934, p. 752).
Faire si bien que, loc. verb. Agir de telle maniÚre que, faire en sorte que. Leuwen eut soin de ne pas serrer ses mots et ses lignes, et fit si bien qu'il supprima les sept lignes relatives au général Fari sans qu'il y parût (STENDHAL, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 252).
♩ Tant et si bien que. Elle se cramponne en se plaquant de tout son poids, de toutes ses forces, tant et si bien que le pĂȘne en biseau finit par fonctionner de lui-mĂȘme, pĂ©nĂ©trant dans la gĂąche (ROBBE-GRILLET, La Maison de rendez-vous, Paris, Ă©d. de Minuit, 1980 [1965], p. 131, coll. Double).
— Si peu, loc. adv. [Porte sur un adj., un adv., ou un verbe] C'est si peu crĂ©dible que, il y va si peu souvent que. L'eau, par endroits, Ă©tait si peu profonde que les reins des bĂȘtes Ă©mergeaient, se pressaient cĂŽte Ă  cĂŽte dans un moutonnement confus (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 21).
Si peu de + subst. Anton. de tant de + subst. Les railleries ont si peu de durée que chacun s'empresse d'en tirer toute la fleur (BALZAC, Langeais, 1834, p. 247).
c) [Si porte sur l'élém. nom. d'une loc. verb.] J'ai si faim que...; j'ai eu si peur que... Tout cela, aujourd'hui, me fait si mal que je ne trouve plus les mots pour te dire ce que j'ai décidé (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 132).
Rem. AprĂšs une princ. affirm., que n'introd. pas, en principe, de groupe inf. Cf. cependant: Que vous soyez si mal lunĂ© que de persister dans votre projet maniaque et de vous entĂȘter Ă  me farcir la cervelle avec votre espagnole, je vous dĂ©clare sournois, libertin (AUDIBERTI, Mal court, 1947, II, p. 177).
2. [La princ. est nég.; ce qui est nié, c'est que le niveau d'intensité soit capable de provoquer le procÚs de la sub.]
a) [La sub. est introd. par que (le verbe est gén. au subj.)]
— [La sub. est affirm.] Le procĂšs Zola n'a pas si bien rĂ©ussi qu'on doive avoir envie de recommencer dans des conditions pires (CLEMENCEAU, Vers rĂ©paration, 1899, p. 243).
— [La sub. est nĂ©g. (elle comporte le morphĂšme nĂ©g. ne)] L'Ă©cart n'est pas si grand qu'il ne puisse ĂȘtre comblĂ©. Cependant, le changement de leur physionomie n'avait pas Ă©tĂ© si prompt que je n'eusse surpris dans les traits de ma mĂšre une expression mĂ©langĂ©e de cupiditĂ© et d'insistance, et dans le regard de mon pĂšre une sorte de vacillement (LACRETELLE, Silbermann, 1922, p. 172). Elle ne s'Ă©tait pas reprise si vite, que Justin n'eĂ»t Ă©tĂ© blessĂ© par ce vous inconscient (ARLAND, Ordre, 1929, p. 460).
b) LittĂ©r. [La sub. est une prop. inf. introd. par (que) de] Mais la joie d'une si hautaine victoire — n'est pas si douce encore, n'est pas si bonne que de cĂ©der Ă  vous, dĂ©sirs, et d'ĂȘtre vaincu sans bataille (GIDE, Tentative amour., 1893, p. 72). Je ne suis pas si sot de pleurer aprĂšs mon enfance non plus qu'aprĂšs l'enfance du monde (GUÉHENNO, Journal homme 40 ans, 1934, p. 28). Aussi n'Ă©tions-nous pas si lĂ©gers d'escompter du conflit dĂ©clarĂ© oĂč l'on nous engageait quelques occasions de franchise (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 15).
3. [La princ. est une interr., suivie d'une sub. au subj.; le tour incite Ă  une rĂ©ponse nĂ©g.] Le cas est-il si dĂ©sespĂ©rĂ© qu'on doive renoncer? Cet univers est-il si gai par lui-mĂȘme, qu'il faille encore ajouter par notre spectacle Ă  ses drames et Ă  ses angoisses? (Le Monde, 12 sept. 1972 ds S. ALLAIRE, Le ModĂšle synt. des syst. corrĂ©l., 1982, p. 110).
Rem. Si et tant sont en distribution compl. Tant est exclu avec les constituants que modifie si (adj., adv.). Inversement si ne peut modifier un verbe, rÎle dévolu à tant (il lit tant, il a tant lu... que), ou le groupe nom. précédé de de (il s'est donné tant de peine... que). En revanche, si est commutable avec tellement qui, lui, ne connaßt pas de spécifités distributionnelles.
B. — [Si adj. ou adv. est la base d'une prop. concess.; la prop. concess. signifie que le procĂšs qu'elle dĂ©crit n'a pas atteint un niveau tel qu'il puisse empĂȘcher la rĂ©alisation du procĂšs de la princ.]
1. [Type: si + adj. ou adv. + que... (le tour est possible Ă©galement avec aussi, quelque, tout)]
a) [Le verbe est au subj.] Si tranquille que j'aie été à la surface, moi aussi j'ai été ravagé et, faut-il le dire, je le suis encore quelquefois (FLAUB., Corresp., 1857, p. 194). Il me fallait non seulement l'aimer [Silbermann], mais prendre son parti contre tous, si difficile et si ingrate que fût l'entreprise (LACRETELLE, Silbermann, 1922, p. 69). Si mal que je le dise, je traduis à peu prÚs ma peine de malade (J. BOUSQUET, Trad. du sil., 1935, p. 9).
— [La princ. comporte souvent un adv. de sens concess.] Si dur, si triste, si pĂ©nible que soit l'isolement, il flatte nĂ©anmoins notre instinct d'antivasselage (AMIEL, Journal, 1866, p. 442). Si longtemps que ça ait durĂ©, on a pourtant touchĂ© le bout (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 309):
‱ 4. Mais, si dĂ©sireux que je fusse de rĂ©tablir la confiance anglaise, je ne pouvais cependant engager encore les divisions françaises en voie de rĂ©union, sans ĂȘtre fixĂ© davantage sur les vĂ©ritables intentions de l'ennemi.
FOCH, MĂ©m., t. 2, 1929, p. 51.
b) [Except. le verbe est Ă  l'ind.] Si cruels qu'ils pourront ĂȘtre [les conflits Ă  venir], leur bĂȘtise fera pĂąlir leur cruautĂ© (VALÉRY, ƒuvres, t. 1, Lettre sur la SociĂ©tĂ© des Esprits, 1980 [1933], p. 1145).
Rem. On trouve parfois pour si + adj. + que: Pour si pauvre que pouvait ĂȘtre M. Joseph, il ne manquait pas d'endroits, disait-on, oĂč il aurait pu se loger plus Ă  son aise (GIONO, Le Moulin de Pologne, p. 9 ds GREV. 1980, § 2673, p. 1363). V. pour III C 2 ex. de J. Bousquet et de Cendrars.
2. [Type; si + adj. ou adv., sans que, mais avec invers. du suj.] J'ai le sentiment trÚs net que cette hypothÚse, si étrange soit-elle, peut permettre de mieux saisir ce qu'est l'histoire (G. MARCEL, Journal, 1918, p. 136). Si jolie fût-elle, la midinette qu'une entremetteuse m'eût artificiellement procurée n'eût nullement pu se substituer pour moi à celle qui, la taille dégin-gandée, passait en ce moment (PROUST, Prisonn., 1922, p. 171). Si précieux me soit leur suffrage, j'ai d'ailleurs eu plus d'ambition que de leur servir de porte-parole (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 10).
III. — Si bien que, loc. conj. [Introd. une prop. sub. de consĂ©quence, toujours Ă  l'ind.] Pourquoi, quand je suis Ă  Paris, est-ce que je passe tout mon temps chez toi, quoique tu en dises, si bien que j'ai cessĂ© Ă  cause de cela de voir bien du monde? (FLAUB., Corresp., 1854, p. 57). La maison de bois frissonnait du sol Ă  la cheminĂ©e et semblait osciller sur sa base, si bien que ses habitants, entendant les mugissements et les clameurs aiguĂ«s du vent, sentant tout autour d'eux l'Ă©branlement de son choc, souffraient en vĂ©ritĂ© de presque toute l'horreur de la tempĂȘte (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 227).
Prononc. et Orth.:[si]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Marque l'enchaĂźnement, l'articulation des membres d'un Ă©noncĂ© 1. adv. de reprise, introd. une rĂ©gissante aprĂšs une circ. 842 une compar. (Serments de Strasbourg ds HENRY Chrestomathie, p. 2, 4: d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo); 937-952 une temp. (Jonas, Ă©d. G. de Poerck, 172: co videbat [...] qe cum gentes venirent ad fidem si astreient li Iudei perdut); fin Xe s. (Passion, Ă©d. D'Arco Silvio Avalle, 398: En pas que209l vidren li custod, Si s'espauriren de pavor); ca 1050 une hyp. (St Alexis, Ă©d. Chr. Storey, 100: Se lui'n remaint [de l'aumĂŽne] sil rent as poverins; 152); ca 1150 une concess. (Charroi de NĂźmes, Ă©d. D. McMillan, 1338: s'ai ore mez granz sollers de vache et ma gonelle et mes conroiz si gastes, Si ai ge non Guillelme Fierebrace); 2. articule deux membres d'un Ă©noncĂ©, marquant a) 881 une succession log. « aussi, c'est pourquoi » (Ste Eulalie, 24 ds HENRY Chrestomathie, p. 3: Volt lo seule lazsier si ruouet Krist); 2e moit. Xe s. (St LĂ©ger, Ă©d. J. Linskill, 66: Por ciel tiel duol rova's clergier [Ewruins] Si s'en intrat in un mostier); fin Xe s. (Passion, 416: Dunc reconnossent lo senior, Si l'adorent cum redemptor); b) 2e moit. Xe s. succession chronol. (St LĂ©ger, 201: Garda, si vid grand claritet; 206: Torne s'als altres, , si lor dist); fin Xe s. (Passion, 394; 402; 467); c) ) marque la conformitĂ© « de mĂȘme, pareillement » ca 1050 le rappel du verbe de la prop. prĂ©cĂ©dente est assurĂ© par faire (St Alexis, 147: Del duel s'asist la medre jus a terre; Si fist la spuse danz Alexis a certes; 207); ca 1100 le verbe de la prop. prĂ©cĂ©dente est repris (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 1328: Trenchet le cors e la cheveleĂŒre, Si li trenchat les oilz e la faiture); ) marque la maniĂšre ca 1165 le verbe estre est repris (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, Ă©d. L. Constans, 15283: Dut bien la dame estre esfrĂ«ee; Si fu ele); 1176-81 le verbe est rappelĂ© par faire (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier de la charrette, Ă©d. M. Roques, 5195: Por mon seignor Gauvain l'estuet auques esjoĂŻr, si fet ele); d) ca 1050 marque une oppos. « et cependant » (St Alexis, 395: Tant l'ai vedud [Alexis], si nel poi aviser; 579); ca 1100 (Roland, 1596: Enceis nel vit [Rollant] sil recunut); e) ca 1100 marque une consĂ©q. (Roland, 598: Dunc perdreit Carles le destre braz, Si remeiendreint les merveilleuses oz). II. A. Compar. 1. en corrĂ©l. avec cum(e), introd. une compar. a) 842 expr. de la conformitĂ© (Serments de Strasbourg, op. cit., p. 2, 5: si salvarai eo cist meon fradre Karlo [...] si cum om per dreit son fradra salvar dift); 937-952 (Jonas, 168: si cum dist e le evangelio) fin 'Xe s. (Passion, 27); b) ca 1050 expr. de l'Ă©galitĂ© (St Alexis, 536: Unches en Rome nen out si grant ledice Cum out le jurn as povres ed as riches Pur cel saint cors [d'Alexis] qu'il unt en lur bailie); 2. adv. compar. d'Ă©galitĂ©, le second terme de la compar. n'est pas exprimĂ© ca 1050 (ibid., 8: Bons fut li secles; ja mais n'ert si vailant); ca 1100 (Roland, 250: Vos n'irez pas uan de mei si luign; 599). B. ManiĂšre 937-952 « ainsi, de cette maniĂšre » qualifie un verbe (Jonas, 6: scio enim ego [...] quoniam propter me si est venude cise tempestes); fin Xe s. (Passion, 187: Ensobre tot si l'escarnissent: ,,Di nos [...]``); ca 1050 (St Alexis, 16). C. IntensitĂ©, degrĂ© 1. 2e moit. Xe s. qualifie un adj. (St LĂ©ger, 10: aanz Que li suos corps susting si granz); ca 1050 (St Alexis, 608); 2. id. dans une exclam.; qualifie un adv. (ibid., 109: si pou vus ai oĂŒt!); id. un adj. (ibid., 409: Si grant dolur). D. ConsĂ©q. terme d'appel annonçant une consĂ©c. 1. intro. par que a) fin Xe s. si + adj. (Passion, 126: Si fort sudor dunques suded [Jesus], Que cum lo sags a terra current De sa sudor las sanctas gutes); ca 1050 (St Alexis, 110); b) fin Xe s. si + verbe (Passion, 375: Par soa mort si l'a vencut [Jesus, Satanam] Que contra omne non a vertud); ca 1050 (St Alexis, 137; 166); 2. id. le subordonnant que n'est pas exprimĂ© (ibid., 116: Si at li emfes sa tendra carn mudede Nel reconurent li dui sergant sum pedre; 148). E. Concess; 1. 1180-90 en corrĂ©l. avec com(e) introd. une concess.; mode ind. (ALEXANDRE DE PARIS, Alexandre, III, 5885 ds Elliott Monographs, XXXVII, p. 275: Si navrĂ©s com il iert, ens el champ les conduit); 2. dĂ©b. XIIIe s. en corrĂ©l. avec que; mode subj. (Chastoiement d'un pĂšre Ă  son fils, Ă©d. A. Hilka et W. Söderhjelm, version A, 4490). De l'adv. lat. sic issu de si [anc. sei] + particule dĂ©ictique -c(e) « ainsi, de cette maniĂšre ». De ce sens sont issus diffĂ©rents empl., notamment: rĂ©ponse affirm., d'abord avec reprise du verbe sur lequel porte l'interr., puis l'adv. empl. seul (TÉRENCE, Phormio, 316: [ais] Phaniam relictam solam? — Sic; 813) [III 3]; expr. d'une priĂšre, d'un souhait dans la lang. poĂ©t. (ERN.-TH., § 258) dont l'accomplissement est soumis Ă  une condition exprimĂ©e dans la prop. suiv.; mode subj. (VIRGILE, Buc., IX, 31-32; HORACE, Odes, I, III, 1: Sic te diva potens Cypri, Sic fratres Helenae [...] Ventorumque regat pater [...], Navis [...]; Reddas incolumen); le mĂȘme fait s'observe en a. fr. [III 2, cf. Ph. MÉNARD, Manuel du fr. du Moy. Âge, 1976, § 197, rem. 2]; aprĂšs une prop. part. Ă©quivalant Ă  une temp., sic, placĂ© en tĂȘte de la princ., marque une transition « alors, ensuite » (VIRGILE, Aen., I, 225: cum Juppiter aethere summo Despiciens mare velivolum... sic vertice caeli Constitit); apparu dans la lang. poĂ©t., cet empl. se rĂ©pand Ă  basse Ă©poque dans la lang. vulg., sic servant Ă  introd. la princ. aprĂšs une prop. temp. (IVe s., CHIRON, Mulomed., 452: Cum avide bibit [sic] pleno ventre aqua, sic dolorem patiuntur; fin IVe s. Peregr. Aether., 37, 4, v. LÖFSTEDT, p. 231) [I 1]; parallĂšlement, sic est relevĂ© dans des textes oĂč il marque une simple suite dans le temps « lĂ -dessus, puis » (IVe s., FILASTRIUS, 127, 1: prius propheta legatur et apostolus et sic evangelium [cf. I 2]; VÄÄN., § 369; BLAISE Lat. chrĂ©t.). Bbg. ALLAIRE (S.). « Ce n'est pas si grave »: si compar. ou si intensif? Regards sur un probl. d'ambiguitĂ©. Z. fr. Spr. Lit. 1989, t. 49, n ° 1, p. 1-35; Le ModĂšle syntaxique des syst. corrĂ©l. Lille, 1982, 601 p. — GAMA (N. V. de). Cf. bbg. si1. — HASSELROT (B.). La Constr. si grand qu'il soit et ses concurrents dans le fr. contemp. R. Ling. rom. 1970, t. 34, pp. 39-47. — IMBS Prop. 1956, pp. 48-49, 66-68, 120-133, 426-438. — JONAS (P.). Si et aussi dans les syst. comp. d'Ă©galitĂ© niĂ©e Ă  deux termes en fr. contemp. R. Ling. rom. 1973, t. 37, pp. 292-341. — LEHMANN (G.). L'Empl. mod. de l'adv. fr. tellement comp. Ă  celui de si et du tant d'intensitĂ©. Lund, 1959, 30 p. — PLANTIN (Ch.). La GenĂšse discursive de l'intens.: le cas du si intensif. Langages. 1985, n ° 80, pp. 35-54. — ROUVERET (A.). Les ConsĂ©cutives. Ling. Investig. 1977, t. 1, pp. 197-234. — WARTBURG (W. von). Si und sic. MĂ©l. Frings (Th). Berlin, 1956, pp. 264-282.
III.
⇒SI3, adv.
I. — [Contredit un Ă©noncĂ© nĂ©g.; si est en distribution compl. avec oui qui exprime une rĂ©ponse positive ou confirme un Ă©noncĂ© positif]
A. — [Contredit un Ă©noncĂ© comportant une nĂ©g. ou exprimant un doute] Il s'occupe beaucoup de vous... Vous ne le croyez pas? — J'en doute un peu... — Si. Il s'occupe beaucoup de vous (COLETTE, Sido, 1929, p. 118). — Cela aura un terme. — Non, aucun. Toujours en avant... — Si, mon vieux, dit RaphaĂ«l avec une sorte de tendresse confuse: si, il y en aura un (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 387). Daniel supplia: — « Tu ne vas pas t'en aller? » — « Si. » Son visage [de Jacques] Ă©tait de bois (MARTIN DU G., Thib., ÉtĂ© 14, 1936, p. 277).
♩ [FrĂ©q. associĂ© Ă  mais] CĂ©sar: Puisqu'on me force Ă  parler, je vais te rĂ©pondre. Panisse: Non, CĂ©sar, non. On ne te force pas. CĂ©sar: Mais si, mais si. On me force (PAGNOL, Fanny, 1932, I, 1er tabl., 9, p. 33). — Les femmes ne savent pas ce qu'elles veulent. — Mais si. Elle sait trĂšs bien qu'elle en a marre des histoires de FrĂ©dĂ© et de sa famille (VAILLAND, DrĂŽle de jeu, 1945, p. 185).
♩ [AssociĂ© Ă  que exclam.] — Je ne vous croyais pas si poltron. — HĂ©, que si! dit-il en riant Ă  demi (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 492). Escartefigue: Tu ne me crois pas? Panisse, grave: Oh! que si, je te crois! (PAGNOL, Fanny, 1932, 2, p. 14).
♩ Vieilli ou littĂ©r. Si fait! — Je vous demande pardon, madame, mais de qui parlez-vous? — Vous le savez bien. — Pas le moins du monde. — Oh! si fait (MUSSET, Mouche, 1854, p. 304). L'Appariteur: — Mais alors il n'y a personne pour prĂ©sider? Le ChƓur: Si! si! si fait! Il y a quelqu'un! (CLAUDEL, J. d'Arc, 1939, p. 1205).
B. — [Contredit un refus que l'interlocuteur manifeste par des gestes, par son comportement] Boubouroche (...): Asseyez-vous donc, monsieur... Voulez-vous prendre un distinguĂ©? (Mimique discrĂšte du monsieur). Si fait! Si fait! (Au garçon:) Deux distinguĂ©s, AmĂ©dĂ©e (COURTELINE, Boubouroche, 1893, I, 3, p. 39). Sans m'en douter, je vous agaçais, je vous froissais. Elle secoua la tĂȘte. Il insista. — Si! si! Je vous ai souvent froissĂ©e (FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 347).
II. — [En rĂ©ponse Ă  une question rhĂ©t. de forme nĂ©g. invitant Ă  une rĂ©ponse affirm. (ex. n'ai-je pas, est-ce que je n'ai pas raison? n'est-ce pas, est-ce que ce n'est pas joli?), il est possible de rĂ©pondre soit par si (en corrĂ©l. avec la forme nĂ©g. de la question) soit par oui] — Ne vois-tu pas qu'elle est malheureuse? — Mais si, je le vois bien! — oui, je le vois bien, qu'elle est malheureuse. Un long silence rĂ©gna encore. — Magdeleine, dit Stephen, ce jour ne vous rappelle-t-il rien? — Oh si! (KARR, Sous tilleuls, 1832, p. 298). La Reine: (...) Ce n'est pas du poison, cette affreuse liqueur? Dis? Ruy Blas: Si! C'est du poison (HUGO, Ruy Blas, 1838, V, 4, p. 456). N'ai-je pas eu autrefois le plaisir de vous rencontrer chez MallarmĂ© ou ailleurs? Il me semble que si (CLAUDEL, Corresp. [avec Gide], 1899, p. 45).
— [En rĂ©ponse Ă  une question exprimant un ordre indir.] Tu ne pourrais pas m'aider un peu? — Si/oui, tout de suite.
III. — Rare. [Comme Ă©lĂ©m. d'interr. rhĂ©t., aprĂšs une interro-nĂ©g.] Synon. n'est-ce pas? Voyons, dit Anne en saisissant ma main par-dessus la table, vous allez troquer votre personnage de fille des bois contre celui de bonne Ă©coliĂšre, et seulement pendant un mois, ce n'est pas grave, si? (SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p. 75). Je ne peux pas passer ma vie Ă  te tenir la main, si? (G. CONCHON, L'Apprenti gaucher, p. 56 ds GREV. 1980, § 2181, p. 1068).
Prononc. et Orth. V. si2. Étymol. et Hist. Affirm. (valeur issue de l'adv. de maniĂšre) 1. ca 1050 introd. un second impĂ©r. dans une phrase jussive (St Alexis, Ă©d. Chr. Storey, 220: Quar me herberges pur Deu an ta maison [...]; Tut soi amferm sim pais pur sue amor); ca 1100 (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 21), cf. Chr. MARCHELLO-NIZIA, Dire le vrai, l'adv. si, 1985, pp. 143-145; 2. 1120-50 mot initial d'une formule de souhait; mode subj. (Grant mal fist Adam, I, 62 ds T.-L., 618, 12: si Deus me salt); ca 1130 (Gormont et Isembart, Ă©d. A. Bayot, 208: Si m'aĂŻt Deus; 220); ca 1150 (Charroi de NĂźmes, 582: Si m'aĂŻst Diex), cf. le tour concurrent avec se hyp. n'entraĂźnant pas la post position du suj. (ibid., 382: Se Dex m'aĂŻst, v. si1 I D), cf. MOIGNET 1973, pp. 245; 340; Chr. MARCHELLO-NIZIA, op. cit., pp. 89-92; 3. aprĂšs une assertion nĂ©g. ou une interr., introd. une rĂ©ponse affirm. ayant valeur d'oppos. a) ca 1170 faire supplĂ©e dans la rĂ©futation ou la rĂ©ponse le verbe de l'assertion ou de la question (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, Ă©d. M. Roques, 216: ,,Lesse m'aler. — Vos n'iroiz. — Je si ferai``); 1176 (ID., CligĂšs, Ă©d. A. Micha, 657: Ne sai don la dolors m'est prise. Ne sai? Si faz. Jel cuit savoir); ca 1215 (RAOUL DE HOUDENC, Eles, 397 ds TrouvĂšres belges, Ă©d. A. Scheler, 1879, p. 262: Cant ilh n'i part, et ke li grieve, Grieve? Si fait, tez est lor vie); 1651 si fait loc. adv. (LORET, Muze hist. ds LIVET MoliĂšre: Je pense que ce n'est pas elle [...] — Ce ne l'est pas — Si fait); cf. Chr. MARCHELLO-NIZIA, op. cit., pp. 123-127 et 213-214; b) 1176-81 avoir de la question est repris dans la rĂ©ponse (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier de la charrette, 777: ,,Vasax, por coi M'avez feru [...] Quant devant moi ne vos savoie, Ne rien mesfet de vos avoie? — Par foi, si avĂŻez, fet cil); c) dĂ©b. XIIIez s. estre de l'assertion est repris dans la rĂ©ponse ``(RAOUL DE HOUDENC, Vengeance Raguidel, 1988 ds T.-L.); d) 1456 si empl. seul dans le discours indir. « oui » (ANTOINE DE LA SALLE, Jehan de SaintrĂ©, Ă©d. J. Misrahi et Ch. Knudson, p. 14: ,,Ha! ma dame``, dirent elles en riant, ,,et que si``); ca 1462 (Cent Nouvelles nouvelles, Ă©d. Fr. P. Sweetser, p. 45, 221: le musnier demande Ă  ma dame s'elle l'avoir [le diamand] Ă  l'entrĂ©e du baing, et elle dit que si); ca 1535 en rĂ©ponse Ă  une question nĂ©g. (NICOLAS DE TROYES, Grans Parangon des nouvelles nouvelles, Ă©d. E. Mabille, 1869, p. 132: Ne avez vous pas bien congneu la veritĂ© [...]? — Si, respondit la dame). V. si2.
STAT. — Si1, 2 et 3. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:237 105. FrĂ©q. rel. littĂ©r.:XIXe s.: a) 360 491, b) 308 006; XXe s.: a) 321 559, b) 342 458.
BBG. — PLANTIN (Ch.), Oui, non, si: Ă©t. des enchaĂźnements dans le dialogue. ThĂšse, Paris, 1978, 234 p. — POHL (J.). Cf. bbg. oui et non. — WILMET (M.). Cf. bbg. oui et non. — WUNDERLI (P.). Cf. bbg. oui et non.
IV.
⇒SI4, subst. masc.
MUS. SeptiÚme note de la gamme de do majeur; p. méton., tonalité dont la note si est la tonique. Si majeur; si mineur. Rondo pour piano et orchestre en si bémol, terminé par Czerny (PROD'HOMME, Symph. Beethoven, 1921, p. 26).
Prononc. et Orth.:[si]. Att. ds Ac. dep. 1740. Étymol. et Hist. 1646 (NIVERS, La gamme de Si, nouvelle mĂ©thode, pour apprendre Ă  chanter les nuances [titre citĂ© ds A. AUDA, Les Gammes musicales, Ixelles, 1947, p. 376]); cf. 1636 (MERSENNE, Harmonie universelle, Traitez de la voix et des chants, L. VI, p. 342: ie di donc que si l'on fait suivre za, inventĂ© par le sieur le Maire, apres la 6 syllabe La [...] Sur quoy il faut remarquer qu'il [za] est plus aisĂ© Ă  entonner que la syllabe SI, BI ou NI, Ă  raison qu'il n'est pas nĂ©cessaire de changer l'ouverture de la bouche dont on prononce le la qui precede; ID., ibid., p. 192: l'on a a desia inventĂ© la syllabe ni pour le ton qui suit la; mais parce que sa prononciation est trop semblable Ă  celle du mi, i'aimeroy mieux que l'on usast de ci). FormĂ© Ă  partir des init. de Sancte Iohannes dans l'hymne lat. de St Jean Baptiste de Paul Diacre (cf. fa), ou forgĂ© arbitrairement (cf. MERSENNE, supra), pour dĂ©signer la 7e note de la gamme en complĂ©ment Ă  la gamme de 6 notes de Gui d'Arezzo. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:119.

S. I. ou SI
❖
♩ Sigle de systĂšme (II., 3.) international d'unitĂ©s.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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